Publié le 23/04/2010 à 14h45 /

La pédagogie de la provocation

// Les Jeunes Agriculteurs n'apprécient pas du tout la «Â leçon de pédagogie » adressée par la laiterie des Chaumes de Jurançon à  ses producteurs pour qu'ils «Â prennent en compte la réalité économique ».

À la lecture du dernier “flash Infos” du mois de mars de la laiterie des Chaumes intitulé « Prix du lait : prendre en compte la réalité économique européenne », le sang de Nicolas Bernatas n'a fait qu'un tour. « Aujourd'hui, les producteurs de lait n'ont pas besoin de recevoir de courrier “pédagogique” pour les amener à  ouvrir les yeux, enfin, sur la réalité de la situation européenne dont, seuls, les industriels semblent avoir pris la mesure. Ils sont au courant ! » tempête le président des Jeunes Agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques dans un communiqué de presse publié ce lundi 19 avril. Après avoir rappelé brièvement les différentes phases des négociations sur le prix du lait du deuxième trimestre 2010, la direction des approvisionnements laitiers, qui signe de façon générique cette missive, donne son explication de la situation : « Avec un prix de base de 274 €/1 000 litres en 2009, [] les conséquences sont dévastatrices pour la filière laitière française ». Avant de souligner : « Refuser de regarder la réalité [] serait obligatoirement dévastateur en terme de développement économique en France, d'emplois et de débouchés pour les producteurs de lait français », le tout mis en exergue et en gras. Au regard des résultats financiers affichés par le groupe Bongrain (voir zoom), dont dépend la fromagerie des Chaumes, « la situation n'a pas l'air très inquiétante » constate le communiqué de presse des syndicalistes. « Si l'industrie agroalimentaire française s'effondre un jour, ce sera sûrement à  cause des agriculteurs dont les baisses successives de revenu ne sont pas suffisantes » ironise, amer, Nicolas Bernatas. Toujours sur le même ton, il s'excuse de ne pas avoir pu faire davantage pour conforter « l'ambition du groupe Bongrain [] de rester un leader des spécialités fromagères » comme le précise la lettre de l'industriel. Dénonçant une politique financière « irrationnelle » des industriels de l'agroalimentaire qui se fait sur le dos des producteurs, les Jeunes Agriculteurs ne veulent pas cautionner leur disparition « pour conforter les résultats nets de Danone, Bongrain, Carrefour et tous les autres ». « À moins que la dite lettre n'ait d'autre objectif que de préparer le terrain aux prochaines négociations concernant le prix du lait pour le troisième trimestre 2010 et l'application de nouveaux indices » s'interrogent les JA des Pyrénées-Atlantiques. En effet, le “flash Infos” avertit que « ces prix (prix mensuel régional 2009 réécrit + tendance de marché + flexibilité additionnelle) s'appliqueront sous réserve que d'ici le 31 mai 2010, l'interprofession laitière complète les indices de tendance issus du protocole du 3 juin 2009 de trois indices supplémentaires. [] afin de redonner rapidement de la compétitivité aux produits laitiers français ». La conclusion de la lettre semble explicite : « L'essentiel reste à  faire et nous ne doutons pas de la volonté de chacun [] de permettre au lait français de retrouver un prix moyen 2010 en cohérence avec les marchés européens ». « Allez les gars, encore un effort » làche Nicolas Bernatas écoeuré par tant de désinvolture et par ce qu'il considère comme une nouvelle provocation. Benoît LalanneDans leur communiqué, les Jeunes Agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques rappellent quelques chiffres instructifs. En 2009, le groupe agroalimentaire Bongrain, propriétaire de la Fromagerie des Chaumes, a engrangé un résultat net de 44,5 millions d'euros, en hausse de 17,2 % par rapport à  2008 et a diminué son endettement de 30,5 %, dans la même période. Ainsi, Bongrain versera un dividende de 1,20 € par action.Son concurrent, le groupe Danone n'est pas en reste avec une hausse du résultat net de 3,7 % pour atteindre la coquette somme de 1,4 milliard d'euros. En jetant un coup d'oeil vers la grande distribution, 2009 n'a pas été, non plus, une mauvaise année. Par exemple, Carrefour voit son chiffre d'affaires progresser de + 0,9 % et l'enseigne Leclerc de + 0,8 %.Dans la même période, selon les chiffres de l'Insee, le revenu des agriculteurs a chuté de 20 % en 2008 et de 34 % l'an dernier.

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