Publié le 01/07/2010 à 11h01 /

Préparer pour semer le colza fin août

// La préparation peut s'affranchir de la sécheresse estivale. Pour ce faire, le Cetiom* préconise d'anticiper les interventions en respectant certaines règles, sans attendre les orages ou le retour des pluies automnales.

Le rendement potentiel du colza étant conditionné par l'état des plantes à  l'entrée de l'hiver, des semis (ou levées) trop tardifs ne permettent pas d'atteindre un développement suffisant. Le scénario 2009 est un exemple dans ce domaine : semis très tardifs, levées retardées ayant donné lieu dans de nombreuses situations à  des plantes chétives et peu développées (biomasses souvent inférieures à  400 g/m2 au début de l'hiver). Sur ces « petits colzas » fragilisés et plus sensibles aux bio agresseurs que les colzas moyens à  gros, les attaques d'altises ou de charançons du bourgeon terminal, particulièrement importantes dans certains secteurs, ont été plus lourdes de conséquences que sur des colzas bien développés (Gers et quelques secteurs du Tarn).
Des situations identiques, soumises aux mêmes conditions, mais avec des semis réalisés fin août-début septembre ont obtenu des colzas bien développés en sortie hiver qui ont mieux résisté aux ravageurs et dont le potentiel a été préservé. Quelques règles simples concernant l'implantation peuvent être mises en place pour que ce type de scénario automnal ne pénalise pas autant le rendement.
Préparation du sol en juilletLe travail du sol doit produire de la terre fine indispensable au semis et assurer un mélange de terre et de paille homogène. Avec un lit de semence fin, le contact entre le sol et la graine est favorisé, la germination puis la levée sont facilitées dès la première pluie. Dans ces conditions, 10 à  15 mm suffisent alors qu'une préparation grossière exigera au moins 20 mm de pluie ! Ce travail de préparation est la clé pour réussir une levée du colza suffisamment précoce. C'est bien le premier déchaumage ou les deux déchaumages successifs qui conditionnent la production de terre fine. Cette étape doit être réalisée rapidement quelque que soit la pluviométrie ; toute attente sera défavorable à  l'objectif. Par ailleurs, cette intervention combinée à  une bonne répartition des pailles à  la moisson favorise, à  la faveur d'orages, la dégradation des pailles et la levée des mauvaises herbes. Selon la pluviométrie, on pourra ensuite réaliser un travail plus profond, sachant que la date de semis prime avant tout ! Dans de nombreuses situations du Sud-ouest, les sols sont peu fissurés. Il est donc important de réaliser un travail sur les 15-20 cm juste après le déchaumage pour améliorer la structure du sol et permettre au pivot du futur colza de s'enraciner profondément. Il faudra affiner par la suite (sur moins de 10 cm) avec un outil à  dent ou une herse rotative.
Un semis entre le 25 août et le 10 septembre y compris dans le sec sur un lit de semences préparé à  l'avance permet de se mettre dans les meilleures conditions pour une levée réussie. En semant fin août, la probabilité de profiter de pluies suffisantes pour assurer une levée des colzas dans de bonnes conditions en septembre, au plus tard en octobre, est relativement augmentée : 10 à  15 mm suffisent. La graine de colza se conserve très bien dans le sol, on peut donc, sans crainte, semer dans le sec : attendre la pluie, c'est courir le risque d'attendre une pluie trop tardive ou trop abondante qui retarderait l'implantation de façon excessive.
Il sufftit de semer entre 1 et 2 cm de profondeur, avec un semoir monograine, beaucoup mieux adapté au contexte régional (meilleur contact sol-graine en conditions sèches). En effet, la demande est bien présente tant sur le plan alimentation humaine que pour les usages industriels avec notamment le biodiesel dont les objectifs de production sont encore prévus à  la hausse
F. Duroeix et B.Roux - Cetiom

* Cetiom : Centre technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains. Témoignage Xavier Flament, agriculteur dans l'AudeDepuis 4 ans, Xavier Flament est producteur de colza (60 hectares) sur sols argilo-calcaire pentus et non irrigués. « J'ai introduit le colza, dans mon assolement pour des raisons économiques et agronomiques, explique-t-il, du fait notamment de la baisse de l'aide spécifique au blé dur, de faibles rendements et des problèmes d'enherbement des blés sur blés. Aujourd'hui, le colza revient le plus souvent un an sur quatre dans mes parcelles. ». Selon lui, « depuis deux ans, c'est la culture donnant la meilleure marge brute de notre exploitation (37 q/ha en moyenne sur les 3 campagnes 2007 à  2009). Cette culture me permet aussi de mieux répartir la charge en travail sur l'année, en avançant du travail d'implantation sur l'été. Mais il y a aussi le long terme. Dans certaines de nos parcelles, il y a des soupçons de présence de ray-grass résistants aux sulfonylurées. Le colza permet d'alterner les modes d'actions des herbicides anti-graminées et de réduire ainsi le risque d'extension de ces résistances. Il permet aussi d'allonger les rotations ce qui profite à  l'ensemble des cultures. Enfin c'est une culture qui valorise très bien les lisiers produits par notre élevage porcin ».

« Dans tous les cas, pour réussir dans les meilleures conditions l'implantation du colza, il faut avoir choisi les futures parcelles en colza dès le mois de juin. Pour l'implantation, je fais un premier déchaumage juste après la récolte de blé puis un roulage dans la foulée. Cela permet de produire de la terre fine qui sera utile à  la levée du colza. »
« Trois à  quatre semaines plus tard, j'épands le lisier (équivalent à  80 unités d'azote). Dans la foulée, je réalise un deuxième passage de déchaumeurs à  disques puis à  nouveau un roulage. Je recherche un sol émietté et bien asséché pour semer dans le sec au combiné « herse rotative et semoir monograine » sur début septembre. Je sème à  40 cm d'écartement entre rangs. Ainsi le colza couvre vite, il est alors plus étouffant vis-à -vis des adventices. À partir de la levée, le colza est une culture qu'il faut « soigner » en la suivant régulièrement. Ainsi je fais un suivi des cuvettes jaunes sur trois de mes parcelles et je m'appuie aussi sur les conseils de saison. La phase de levée et de début de cycle (altises, charançons du bourgeon terminal) a été délicate en 2009-2010. Pour la récolte, la rallonge du tablier de coupe est indispensable pour réduire les pertes de graines et récolter dans les meilleures conditions possibles. »

Propos recueillis par V. Lecomte (Cetiom)

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