Publié le 12/08/2010 à 16h31 /

Regain d'intérêt pour le liège landais

// Relancée depuis 2005, la filière liège se structure peu à  peu dans les Landes autour de l'association Liège gascon. Disposant de multiples débouchés, la production pourrait bientôt servir à  la conception de bouchons.

Créée en 2005, l'association du Liège Gascon s'est donnée pour mission de relancer la production locale de liège. Quatre industriels landais, fabricants de bouchons, d'isolant ou de décoration – Agglolux, Au liègeur, Aliècor et Liégisol – sont à  l'origine de ce projet au long court. Car si depuis l'été 2006, trois ouvriers de la Cafsa (Coopérative agricole et forestière sud Atlantique) spécialement formés par l'Institut méditerranéen du liège, passent une quinzaine de jours par an à  écorcer des chênes-lièges dans le Marensin, la matière première récoltée est loin de valoir les dépenses engagées pour la récupérer.
Dans les Landes, la récolte du liège a été abandonnée pendant plus de cinquante ans. Les arbres ont donc produit un liège dit « surépais » dont la qualité est médiocre et ne permet pas une bonne valorisation. Mais dans l'optique de bénéficier d'ici une quinzaine d'années d'un liège qualitatif, il faut ôter cette couche surépaisse, tout juste bonne à  être utilisée comme isolant, pour permettre aux arbres de se régénérer. C'est l'opération qui s'est déroulée du 15 au 28 juillet sur cinq parcelles forestières de Labenne, Capbreton et Soustons. Durant cette période, environ sept tonnes de liège ont été récupérées.
Des utilisations très variées Une fois sorti des parcelles, le liège est acheminé vers la société Agglolux, à  Soustons. « Nous le laissons se stabiliser à  l'air libre pendant un an avant de le mettre en ballot », explique Christian Cave, responsable de l'entreprise et président du Liège gascon. Au cours de cette phase, le liège perd 30 % de son poids. Il est ensuite concassé, trituré, épuré et calibré pour former des granulés. C'est la matière première qui servira à  toutes les réalisations de l'entreprise.
Mélangés avec un liant, les granulés se transforment en aggloméré de liège qui peut être utilisé dans les domaines de la podologie (semelles), de l'affichage, des sous-couches de sols, du calage. Mêlés à  du caoutchouc, ils deviennent du liège élastomère très recherché pour la fabrication de joints industriels, notamment utilisés dans l'industrie automobile.
Mais les réalisations de l'entreprise ne s'arrêtent pas là . Porté par la tendance des matériaux naturels, le liège est très tendance en ameublement. Des designers n'hésitent donc pas à  frapper à  la porte d'Agglolux pour soumettre leurs projets : oreiller, chaises, fauteuils pour enfant et même sac à  main en liège font partie des productions, certes limitées, mais à  haute valeur ajoutée de l'entreprise, qui est aussi spécialisée dans la balle de baby-foot.
Quelques centaines de milliers de ces ballons miniatures sortent des ateliers de fabrication chaque année et s'exportent notamment vers la Belgique et la Suisse. L'entreprise vient même de décrocher un contrat pour réaliser des balles de baby-foot à  l'effigie du club de l'Olympique de Marseille !
Mais le produit le plus noble à  réaliser avec du liège reste le bouchon. Si la quasi-totalité du liège récolté dans les Landes est impropre à  cette utilisation, quelques belles planches ont pu être récupérées l'année dernière, et deux industriels landais, Au liègeur et Aliècor, ont décidé cette année de réaliser les premiers essais de bouchons issus de la matière première locale. Après bouillage des balles de liège durant une heure à  100 °C, le matériau est écorcé. Les bouchons sont ensuite tubés et mis à  sécher pendant au minimum trois semaines.
Les bouchons en ligne de mire Peu de chance cependant de retrouver ces bouchons sur quelques bonnes bouteilles. « Ils sont destinés à  des essais labo », révèle Jean-Charles Lassalle, gérant d'Aliècor. Des expériences permettront de mesurer leurs qualités de bouchage en fonction de quoi les bouchons landais pourront peut-être un jour côtoyer les plus grands crûs. C'est en tout cas ce que visent les bouchonniers landais qui souhaitent travailler pour le haut de gamme. Des plans de chênesL'association Le liège gascon a pour but de coordonner et de développer toutes actions destinées à  l'exploitation du chêne-liège. Au-delà  de son activité de récolte, l'association dispose d'un rôle de soutien à  la conservation des chênes-liège et à  leur plantation.
Sur les peuplements de pins maritimes, il est d'ores et déjà  reconnu que la présence de cette essence réduit efficacement les attaques d'insectes et ralentit la progression des maladies racinaires.
Lors des coupes rases, l'association encourage donc les sylviculteurs à  épargner les chênes-liège, voire à  en planter de nouveaux dès que cela est possible. Pour cela, elle a récolté des glands au cours de l'hiver dernier. Des plans seront disponibles dès la fin de l'année.
Les propriétaires forestiers intéressés peuvent s'en procurer mais aussi obtenir des conseils sur la plantation et l'exploitation de cette essence. Pour cela, il est possible de joindre Lucie Jenssonnie, chargée de mission de l'association Liège Gascon, au 06 14 55 41 61.
Le Lot-et-Garonne adhère
Jusqu'alors cantonnée aux Landes, l'association du Liège Gascon s'est renforcée cette année. Un industriel du Neyracais (Lot-et-Garonne), l'entreprise HPK, qui réalise des produits de très haute qualité en liège (semelles orthopédiques, antidérapant pour pont de bateau, isolant thermique dans l'industrie aérospatiale) y a en effet adhéré. L'association collabore aussi avec le musée du liège et du bouchon de Mézin, où une démonstration de levée de liège a eu lieu, jeudi 5 août, avec les ouvriers de la CAFSA qui sont intervenus bénévolement.



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