Publié le 13/08/2010 à 11h35 /

Redécouvrir l'intérêt de la culture de la luzerne

// L'intérêt alimentaire des légumineuses n'est plus à  démontrer. De plus, elles sont d'excellentes têtes d'assolement, à  la fois par l'effet structurant de leurs racines sur le sol et par l'azote qu'elles fixent.

La richesse en protéines et la souplesse d'exploitation qu'amènent les légumineuses, y compris l'été, moment où les graminées ralentissent voire arrêtent de croître, permet d'améliorer la valeur alimentaire des prairies et de fournir du fourrage à  un moment (l'été) où il peut être moins disponible pour le bétail.
Dans cette famille des légumineuses, la luzerne tient une place un peu particulière : elle est en effet championne toutes catégories pour la fixation d'azote, et elle peut produire plus de protéines par hectare que le pois, la féverole ou le lupin, qui sont de « purs » protéagineux.
Une autre de ses qualités est intéressante : n'aimant pas la concurrence, la luzerne élimine naturellement, via des substances diffusées par ses racines, des espèces à  fort enracinement telles que le chardon et le rumex
Très appétente et riche en fibres, elle est de plus, sous forme de foin, le complément idéal de fourrages pouvant manquer de structure ou de protéines (ensilage jeune, regain, mais), en favorisant la rumination et en limitant le risque d'acidose.
Réussir le semis
La réussite du semis est le meilleur gage de pérennité et de productivité de la culture. Si la luzerne préfère des sols peu acides, de pH supérieur à  six, elle craint surtout l'hydromorphie ; les sols sains et profonds, ressuyant bien, sont donc à  privilégier. Les graines n'ont que très peu de réserves ; le semis, superficiel (profondeur maximale de 1 cm), doit être réalisé sur un sol préparé finement, sans mottes ; le roulage est ensuite indispensable pour assurer un bon contact avec la terre. L'inoculation des graines est recommandée, tout comme le respect de non-retour de la luzerne pendant 5 ans minimum sur une même parcelle.
L'objectif est d'obtenir un peuplement, à  l'automne suivant le semis, de 3 à  5 pieds/10 cm2 (= la main doigts écartés) ; une densité plus faible favorisera les adventices.
Il est ainsi conseillé de semer, en lignes ou à  la volée, à  la dose moyenne de 25 kg/ha ; en association avec une graminée (dactyle, fétuque), descendre à  10 à  15 kg/ha de luzerne pour 10 à  12 kg/ha de graminées. Le semis doit être d'autant plus dense que la variété choisie résiste à  la verse.
Deux périodes de semis sont possibles, à  condition que le sol soit suffisamment ressuyé et réchauffé : au début du printemps (jusqu'à  fin mars) ou en fin d'été (août à  septembre). L'état du sol doit servir de guide, mais il faut toujours avoir peur de semer trop tard : la luzerne doit être suffisamment développée pour pouvoir résister à  une éventuelle sécheresse estivale ou à  un gel précoce en fin d'automne.
Pour la récolte, le meilleur compromis rendement/valeur alimentaire se situe au stade bourgeonnement de la luzerne. Cependant, le stade floraison marque à  la fois le début de la constitution des réserves racinaires la première année (et la complétude de ces réserves les années suivantes), et le démarrage des nouvelles pousses.
Il est ainsi recommandé, pour la pérennité de la luzernière, de ne réaliser la première exploitation après semis qu'au stade floraison, et de laisser fleurir ensuite la luzerne une fois dans l'année.
De même, la fauche à  5 – 7 cm de hauteur permet de faciliter le séchage et le redémarrage du cycle de végétation suivant. Cette fauche est d'autant plus importante que l'exploitation est tardive.
La préservation des feuilles, riches en protéines, doit être l'objectif numéro un au moment de la récolte. Elles tombent dès que la plante est morte, à  partir de 65 – 70 % de MS (un foin est à  85 % de MS). Aussi faut-il « jouer » avec l'humidité de l'air et la rosée lors du chantier de fanage, à  l'inverse d'un chantier de récolte plus classique.
Quant à  la pàture d'une luzernière, elle doit être réalisée en prenant quelques précautions, notamment celles de ne faire paître que les derniers cycles d'exploitation, à  plus faible production, et de ne pas y envoyer les animaux l'estomac vide, à  la fois pour garantir la pérennité de la luzernière, qui n'aime pas être piétinée, et pour limiter le risque de météorisation. Ce risque est limité lorsque la luzerne est cultivée en association avec une graminée.
Marie-Claude Mareaux
Chambre d'agriculture 64
mc.mareaux@pa.chambagri.fr

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