Publié le 24/09/2010 à 11h27 /

60 ans d'évolution agricole en Haute Lande

// L'agriculture de Haute Lande fêtait jeudi dernier ses 60 ans d'évolution, sur des terres hostiles au départ et devenues parmi les plus productives de France gràce à  la persévérance de quelques hommes.

Quelques-uns des premiers agriculteurs, souvent originaires du nord de la France, à  avoir tenté l'aventure en Haute Lande ont témoigné de leurs difficultés à  dompter des terres hostiles et à  inventer une agriculture adaptée à  ce contexte © Domin
Ils ont transformé des forêts de pins calcinées, sur des terres humides l'hiver et asséchantes l'été, en terres agricoles parmi les plus productives de France. Et depuis 60 ans, ils n'ont cessé de faire évoluer leur activité agricole. Ces agriculteurs, ce sont ceux de la Haute Lande, un triangle dans les sables humifères situé entre l'estuaire de la Gironde, la Chalosse et le Lot-et-Garonne. Ils fêtaient jeudi 16 septembre à  Liposthey ces soixante années d'évolution agricole, tout en dressant des perspectives pour l'avenir.
450 personnes, monde agricole, élus des collectivités et associations de consommateurs assistaient à  cette journée qui se donnait pour objectif de mettre en avant le savoir-faire acquis par ces agriculteurs pour maintenir leur activité économique et la qualité du territoire sur lequel ils travaillent.
La Haute Lande est essentiellement (à  90 %) couverte de forêts et l'agriculture y est une activité économique relativement récente, puisqu'elle a démarré dans les années cinquante, alors que des incendies de forêt à  répétition (entre 1937 et 1949) avaient détruit 400 000 ha de pins. Les pionniers de cette agriculture sont deux agriculteurs originaires du nord de la France, MM. Danton et Watteau qui ont trouvé en 1949 une lande désolée et dépeuplée.
Une agriculture à  inventer Audacieux, ils décidèrent malgré tout de s'installer, dans le secteur de Solférino. Le début d'une grande aventure humaine pour ces hommes qui devaient inventer une nouvelle agriculture sur des sols à  la tendance naturelle (faible profondeur et présence d'alios semi-imperméable) de s'engorger en hiver et de s'assécher l'été. « Ces agriculteurs nous intriguaient. Comment allaient-ils travailler ces terres pauvres et inondées ? On les prenait pour des fous » témoigne Maurice Marrocq, alors agriculteur à  Rion-des-Landes.
D'autres pionniers les ont ensuite rejoints, comme Henri Desprez qui se souvient : « il y avait des terres libres et de l'eau. On savait qu'il y avait quelque chose à  faire ». Pourtant, dans ces terres marécageuses, le travail est dur, le premier voisin est à  5 km et les revenus ne sont pas au rendez-vous. « Tout était à  découvrir. Nous devions résoudre progressivement de nombreux problèmes techniques ». Ainsi, pour évacuer les excès d'eau, Jean Danton va chercher une sous-soleuse en Hollande. Il creuse des fossés. Cet assainissement améliore les conditions de travail. Viennent ensuite les essais de fertilisation, avec des apports en oligo-éléments notamment et le chaulage pour améliorer des sols pauvres et très acides.
Ces premières exploitations développent ensuite l'irrigation. Au début, ce sont de petits asperseurs qu'il faut déplacer. Le premier pivot arrive des États-Unis en 1966. « L'eau est devenue un trésor. Au prix d'immenses efforts et d'endettements importants, la voie vers la grande agriculture de Haute Lande était alors ouverte » raconte Maurice Vandamne, un de ces aventuriers.
En parallèle, dans les années cinquante, la compagnie d'aménagement des landes de Gascogne met en place des exploitations à  vocation de pare-feu. Elle installe aussi des rapatriés d'Afrique du nord. Beaucoup d'exploitations, trop petites ou ne maîtrisant pas l'eau, ne survivront pas.
D'une agriculture de polyculture-élevage, la Haute Lande va s'orienter vers la culture du mais dans les années soixante-dix et la monoculture du mais sera la règle jusque dans les années quatre-vingt. Les entreprises aval repèrent rapidement le potentiel de production de la zone et développent les surfaces en contrats mais doux et mais semences. « Nous avions totale confiance en ces agriculteurs, toujours prêts à  développer de nouveaux projets » décrit un ancien salarié de la coopérative Euralis. En outre, les aléas de production sont rares dans cette zone, sécurisant les approvisionnements des entreprises.
Après l'assainissement, la maîtrise de l'irrigation étant la problématique principale de la Haute Lande, ont été mis en place à  cette époque des techniques permettant d'irriguer les cultures de manière très précise : « quand il faut, comme il faut, avec au final une réduction en trente ans des deux tiers des besoins » souligne Didier Ferry, le président du GRCETA.
Dans les années quatre-vingt-dix, la première réforme de la PAC sonnera la fin du « tout mais » et un retour à  une certaine diversification des assolements vers les cultures légumières. Par la suite, pour répondre aux attentes sociétales, les exploitants vont être amenés à  être toujours plus attentifs à  la qualité de leur production et à  l'impact de leur activité sur l'environnement.
Cette démarche sera valorisée en 2002 par la création de la qualification criTERREs qui valide un cahier des charges de bonnes pratiques agricoles (moins d'eau et moins d'intrants) en lien avec le parc naturel régional, les conseils généraux et régionaux, les chambres d'agriculture et DDTM. Les 10 000 ha engagés dans la démarche sont aussi qualifiés « agriculture raisonnée ». « Le grand public n'en a pas conscience. Nous avons une mauvaise image » regrette Matthieu Granveau, le secrétaire de l'association. « Nous devons communiquer plus ». Le GRCETA-SFA Le GRCETA groupement régional des CETA (centres d'étude technique agricole) des sols forestiers a été créé en 1971 par quelques agriculteurs pour les aider à  résoudre les difficultés techniques rencontrées. Il deviendra en 1986 le GRCETA SFA. Son objectif est l'accompagnement des agriculteurs pour une amélioration des itinéraires techniques. Il intervient principalement sur quatre domaines : l'agronomie et les grandes cultures, l'irrigation et la gestion de l'eau, l'hydraulique et l'énergie sur les exploitations, la veille réglementaire et la qualification criTERREs. Il regroupe 130 des 280 exploitations de la Haute Lande, pour 33 000 ha environ. Dominique Maurel




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