Publié le 05/10/2010 à 09h10 /

La forêt landaise n'en finit pas de souffrir

// Double peine pour le massif forestier qui, après les vents violents de Klaus, doit affronter des parasites qui pullulent dans une forêt affaiblie. Face à  la gravité de la situation, chambre d'agriculture et conseil général, aux côtés des sylviculteurs, se tournent vers l'État.

Dans les forêts encore jonchées de chablis, les pins, petits et grands, épargnés par la tempête Klaus, virent au roux, donnant l'impression d'avoir été léchés par un gigantesque incendie, comme dans cette parcelle de jeunes pins de 10 ans que Je
De parcelle en parcelle, le spectacle est toujours le même, des pins roussis comme si le feu était passé par là . Certains sont déjà  des squelettes, tout blanc du pied au houppier, dépourvu de toute aiguille. Le résultat d'une lutte inégale entre les arbres et de tous petits insectes, les scolytes, dans le grand massif des Landes de Gascogne.
« Miraculeusement, certaines de nos parcelles de pins avaient été épargnées par la tempête, en particulier les jeunes arbres. Le scolyte a pris le relais. C'est désespérant » làche Jean-Luc Blanc, agriculteur et sylviculteur (en groupement forestier familial) à  Brocas-les-Forges. Durant tout l'été, petit à  petit, il a vu les taches d'arbres malades se développer sur différentes parcelles, puis s'agrandir. « Le pire est que l'on est impuissant pour protéger nos arbres. Aucun traitement n' existe pour les arbres sur pied ».
Il a bien essayé de couper le bois sur les zones attaquées et autour afin de préserver le reste des parcelles. Du bois amené directement à  la scierie. Les rémanents (houppiers et branches) ont eux été aussitôt écrasés au rouleau landais. Des actions peu efficaces, les « terroristes » attaquants les parcelles sur d'autres fronts. Le broyage serait l'idéal pour détruire les insectes présents dans les rémanents, mais il est cher.
Des solutions peu efficaces contre le scolyte
Malgré tout, Jean-Luc Blanc poursuit les coupes rases pour tenter de limiter la progression de l'insecte, même si ces coupes ne sont pas du tout rentables actuellement avec les prix très bas qui sont proposés : 4 €/m3 de bois sec au lieu de 33 €/m3 de bois vert. « Cet été, sur la vente du bois j'ai perdu 30 à  50 % du chiffre habituel à  l'hectare. Fallait-il plutôt garder les arbres et ainsi prendre le risque de tout perdre ? ».
La tempête a mis par terre l'équivalent de 70 des 400 ha de pins du regroupement forestier familial. « Je pense que le scolyte fera les mêmes dégàts. Il ne nous restera que quelques parcelles d'arbres de 0 à  10 ans, l'équivalent de 25 % de la surface » prédit-il. « Nous sommes en train de perdre un équilibre agro-sylvo pastoral qui fonctionnait très bien dans ce territoire. Quelles sont les solutions pour l'avenir ? » s'interroge t il, conscient que la marge de manoeuvre est très étroite. « Il est difficile de faire pousser autre chose que du pin sur ces landes sèches ». Il n'arrive pas à  envisager d'autres alternatives que la plantation de pins, « excepté sur quelques bouts de parcelles où on peut essayer d'autres essences. Je suis attaché à  ce cadre de vie. Il n'y a pas que du rationnel ! »
Des plantations qui s'avèrent compliquées du fait du développement de cet autre parasite, l'hylobe (voir zoom ci-contre) qui exclut toutes plantations dès cet automne. Elles débuteront au mieux au printemps 2 011 si un produit, le Merit Forester, efficace pour la protection des jeunes plants, est autorisé à  la commercialisation. S'ajoutent des interrogations quant à  la volonté de l'État de reboiser : « On ne replantera que si l'administration nous soutient plus que maintenant. Nous n'avons pas les ressources pour replanter Et nous n'en aurons pas pendant 20 ou 30 ans puisque tous les gros bois sont tombés ou scolytés ».
Dans le collimateur, des dossiers d'aide au nettoyage dans le cadre du plan Barnier, bloqués ou refusés de manière abusive après contrôle. « Deux de mes dossiers sont passés. Le troisième est bloqué depuis le mois de juillet. Ces pertes de temps m'agacent. Sera-t-on dans les temps pour reboiser ? Il ne reste que 6 ans et demi. C'est court Et j'en ai marre de ces paysages morts, sans compter que ce sera pire dans les prochains mois, quand tout sera rasé ».
Dominique Maurel
Le scolyte
Ce petit insecte volant est attiré par le liber des arbres verts. Il s'attaque d'abord aux arbres en situation de faiblesse. C'est alors un parasite secondaire. Après la tempête Klaus, beaucoup d'arbres étaient stressés (penchés), avec présence de bois verts sur les coupes (rémanents), laissant un terrain idéal pour les scolytes. Les premières attaques ont été observées dès l'été 2009. Ensuite, les conditions climatiques ont été propices à  la reproduction de l'insecte : hiver doux et températures estivales en avril et un été sec.
La population du parasite a ainsi explosé au printemps 2010, lui permettant de s'attaquer, par agrégation, aux arbres sains. Il est alors devenu un parasite primaire. Il semblerait plus attiré par le pin taeda que le pin maritime. Les piles de bois vert sont aussi visées par l'insecte.
Aucun traitement insecticide ne peut être envisagé sur les arbres sur pied. Seuls peuvent être traités les tas de bois en bord de route. Lueur d'espoir, les populations de parasites du scolyte s'accroissent, laissant envisager une régulation naturelle.
L'hylobe
Ce charançon attaque les jeunes plants de pin, après un développement dans les souches fraîchement exploitées. Pour limiter leur attaque, il est conseillé d'attendre une année ou deux avant de planter suite à  une coupe rase. Au vu des dégàts alarmants dans les plantations actuelles en raison d'une augmentation de la population d'hylobe, un traitement des plants est indispensable.
La chenille processionnaire
Connue pour son mode de déplacement en file indienne, la chenille processionnaire se nourrit des aiguilles de pins, provoquant un affaiblissement important des arbres. Le département santé des forêts effectue actuellement un travail d'appréciation des niveaux de population de l'insecte, afin de procéder à  d'éventuels traitements.

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