Publié le 21/10/2010 à 10h56 /

Traiter les mammites cliniques

// Second volet de notre dossier consacré aux mammites, gros plan sur la forme «Â clinique » de la maladie et les interventions à  effectuer.

L'efficacité des préparations intramammaires sur les bactéries, leur innocuité pour l'animal et le consommateur sont validées par une autorisation de mise sur le marché (AMM). Par conséquent, ce sont les seuls utilisables par voie intramammaire.
Une mammite est une réponse de la mamelle à  une agression, le plus fréquemment bactérienne. L'infection peut se manifester sous une forme « clinique » ou « subclinique ». La forme clinique se manifeste par une modification du lait (aspect, couleur, odeur), une inflammation de la mamelle (chaleur, rougeur, douleur) ou des signes généraux (fièvre, perte d'appétit, chute de production). Elle peut évoluer spontanément vers la guérison, une forme subclinique, la perte du quartier ou la mort de l'animal.
La forme subclinique correspond à  un état d'équilibre instable entre les bactéries et les cellules avec un passage possible vers une forme clinique ou plus rarement vers une guérison. Il importe de traiter les mammites cliniques en apportant « une réponse à  la hauteur de l'agresseur ! ».

Un traitement antibiotique local

Il s'agit bien sûr des produits intra-mammaires en lactation. Ceux-ci sont composés de deux éléments essentiels. Tout d'abord, un ou plusieurs principes actifs antibiotiques éventuellement associés à  un anti-inflammatoire. Ensuite un excipient : c'est le support des principes actifs et un élément majeur de l'efficacité de l'infusion intramammaire. Il doit assurer une libération rapide, une diffusion la plus large possible et une persistance limitée dans le quartier traité des principes actifs.
L'efficacité des préparations intramammaires sur les bactéries des mammites, leur innocuité pour l'animal et le consommateur, leur persistance dans le lait et la viande sont validées par un dossier d'autorisation de mise sur le marché (AMM). Par conséquent, ce sont les seuls utilisables par voie intramammaire.
Il faut proscrire toute autre thérapeutique dans la mamelle, en particulier l'usage des antibiotiques injectables, même contenant des principes actifs identiques : sont-ils actifs dans le lait ? La diffusion y est-elle correcte ? Quid des délais dans le lait et la viande ?

Un traitement adapté à  l'épidémiologie de l'élevage

Les germes des mammites proviennent de deux types de réservoirs :
- un réservoir mammaire où la bactérie persiste dans ou sur la mamelle. Ce sont essentiellement Staphylococcus aureus, Streptococcus dysgalactiae et agalactiae, les staphylocoques coagulase négative et Streptococcus uberis. La transmission entre animaux ou entre quartiers a lieu principalement pendant la traite,
- un réservoir environnemental où le germe vit dans le milieu extérieur (litière) et les tubes digestifs des bovins. On y trouve en particulier les colibacilles et mais aussi Streptococcus uberis. En règle générale, les bactéries d'origine environnementale sont plus faciles à  éliminer.
C'est pourquoi il est nécessaire d'établir avec votre vétérinaire un bilan sanitaire de votre élevage en lui fournissant l'ensemble des données utiles (carnet sanitaire, numérations cellulaires individuelles, numérations cellulaires de tank et résultats valorisés du contrôle laitier, bactériologies) afin qu'il détermine le réservoir prédominant.
Il adaptera ses protocoles de soins en fonction de l'épidémiologie de l'élevage mais aussi du type de mammites rencontré (modifications du lait uniquement, inflammation de la mamelle ou atteinte générale) et des caractéristiques de l'individu atteint (est-ce une nouvelle infection, une infection subclinique évoluant vers une infection clinique ou une récidive d'une mammite non guérie ?).

Bien réaliser son traitement local  »

Il faut traire à  fond le quartier malade. Ceci permet une élimination mécanique d'un maximum de germes et une concentration en antibiotique maximale dans le quartier. Il faut intervenir avec des mains propres et désinfecter l'extrémité du trayon à  l'aide de la lingette alcoolisée fournie. Ensuite, il faudra infuser la préparation antibiotique en veillant à  ne pas léser le sphincter et le canal du trayon (préférer le limitateur d'embout que l'on trouve aujourd'hui sur les seringues et faire remonter le produit par massage du trayon de bas en haut). L'éleveur devra masser le quartier et appliquer le produit de trempage.
Il faut bien identifier l'animal et le quartier traité ! Tous les moyens sont bons : bracelet sur le membre postérieur (code couleur différent pour le quartier avant ou le quartier arrière) ou peinture sur le quartier.

Associer un traitement antibiotique par voie injectable ? »

L'action d'un antibiotique injectable peut renforcer l'efficacité d'un traitement intramammaire notamment lorsqu'il existe un risque d'enkystement dans le tissu mammaire (l'infection succède à  une augmentation des numérations cellulaires observées lors des contrôles précédents). Le choix et l'emploi de telles spécialités devra donc être discuté avec votre vétérinaire et faire l'objet de protocoles thérapeutiques.

Un traitement de soutien afin de conserver l'intégrité de l'animal et de la mamelle »

Un traitement de soutien permet de conserver l'intégrité de l'animal et de la mamelle. Une mammite avec atteinte grave de l'état de l'animal nécessite une intervention vétérinaire puisque la vie de l'animal peut en dépendre : antibiothérapie par voie générale afin de limiter les risques septicémiques (passage des bactéries par voie sanguine et diffusion dans l'ensemble de l'organisme), anti-inflammatoires pour lutter contre les effets des toxines bactériennes et les destructions tissulaires et perfusion de soutien compléteront le traitement antibiotique intramammaire.
Dans le cas d'une mammite occasionnant une réaction locale, un traitement anti-inflammatoire peut être institué en sus de l'antibiothérapie afin de prévenir et de diminuer d'éventuelles atteintes tissulaires et de favoriser la diffusion de l'antibiotique. Cette diffusion est en effet perturbée par l'inflammation des tissus.
L'augmentation de la fréquence des traites est aussi une excellente technique de lutte contre les mammites, l'élimination du lait favorisant l'élimination des bactéries présentes dans la citerne mammaire. Elle est malheureusement difficilement conciliable avec le rythme et la charge de travail des exploitations actuelles.

Tout traitement commencé est poursuivi jusqu'au bout. » 

Un traitement trop court et incomplet peut conduire à  une guérison clinique, notamment lorsque l'antibiotique est associé à  un anti-inflammatoire, mais à  une absence de guérison bactériologique. On crée par conséquent un risque de rechute ou d'évolution vers une forme subclinique chronique, incurable. Il est donc indispensable de respecter les schémas thérapeutiques définis avec le vétérinaire traitant de votre élevage.
C'est aussi pourquoi il est nécessaire de repérer le quartier malade : reconnaissable le premier jour, il peut ne plus l'être en fin de traitement et conduire à  un arrêt prématuré des soins.

Marquer, tout marquer ! » 

Enregistrer le traitement sur le carnet sanitaire en précisant l'identification de l'animal, le numéro d'ordonnance, le quartier traité et les temps d'attente pour le lait et la viande.
Prévoir un tableau en salle de traite notamment en cas de trayeurs multiples. On reportera sur celui-ci le numéro de la vache, le détail du traitement à  effectuer, le quartier à  traiter et la date de retour du lait dans le tank.
Le retrait du lait concerne les quatre quartiers même si l'antibiothérapie n'a été réalisée que dans un quartier : certains antibiotiques intramammaires peuvent diffuser par voie sanguine notamment en cas de lésions importantes de la mamelle et se retrouver dans les quartiers sains. Ces précautions sont indispensables pour éviter tout risque de contamination du tank par des inhibiteurs.
L'enregistrement des mammites permet de repérer rapidement une flambée de mammites mais aussi d'évaluer régulièrement l'efficacité des mesures prescrites et d'analyser les causes d'échec. C'est un outil de pilotage du troupeau qui peut être exploité pour définir les mesures préventives les plus appropriées aussi bien que pour améliorer les stratégies de traitement.

Quand parle-t-on d'échec du traitement ? 

On parle d'échec du traitement en l'absence d'amélioration des signes cliniques en 48 heures ou en l'absence de disparition en cinq jours. La rechute est définie lors de survenue d'une nouvelle mammite clinique dans le même quartier dans un délai inférieur à  trois semaines.
L'observation d'une nouvelle mammite clinique dans le même quartier dans un délai supérieur à  trois semaines ou dans un autre quartier est considérée comme une nouvelle infection.
Un protocole thérapeutique de seconde intention peut être proposé par votre vétérinaire en cas d'échec du traitement ou de rechute. En cas de second échec, les mesures suivantes sont à  envisager :
- réforme de l'animal,
- tarissement (un traitement en période sèche est plus efficace).
En ultime recours, si les premières mesures ne peuvent être appliquées, désinfection de la griffe systématique après la traite de l'animal infecté.
Cependant en cas de multiplication de ces cas, il sera nécessaire de prendre contact avec votre vétérinaire afin de réévaluer la pertinence des traitements en effectuant une nouvelle analyse de la situation et des analyses complémentaires (bactériologies et antibiogrammes).
Gilles de Cremoux, FRGTV
Pour le groupe Qualité du lait du Sud-Ouest

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