Publié le 26/10/2010 à 10h36 /

Après l'épreuve de force à  l'interprofession, place au dialogue

// À l'issue d'une réunion convoquée par Bruno Le Maire, la Fédération nationale des producteurs de lait, la Coordination rurale et la Confédération paysanne ont décidé un calendrier de rencontres pour travailler à  l'élaboration de positions communes, dans les mois à  venir, sur la contractualisation ou la gestion de la fin des quotas laitiers.

Le ministre de l'Alimentation et de l'Agriculture aura gagné du temps, le 18 octobre, en réunissant les organisations syndicales représentatives des producteurs de lait. Un précieux temps quand on sait qu'il pourrait quitter la rue de Varenne en novembre lors du remaniement gouvernemental annoncé par l'Élysée. Invitées à  nouer un dialogue entre elles au coeur de vives tensions intersyndicales portant sur l'intégration des organisations minoritaires dans l'interprofession laitière (CNIEL), la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne sont tombées d'accord sur un point. Elles vont travailler ces prochaines semaines et ces prochains mois à  l'élaboration de « positions communes » sur « les questions majeures qui ont trait à  l'économie laitière » nationale, selon les mots même de Bruno Le Maire. Deux réunions sont d'ores et déjà  programmées les 9 et 23 novembre prochains, respectivement consacrées à  la mise en place de la contractualisation, inscrite dans la dernière loi de modernisation de l'agriculture (LMAP), et à  la gestion des volumes par bassin de production dans le cadre de la fin des quotas, prévue en 2015. Puis d'autres réunions suivront, en particulier sur les références de prix.
Le ministre, visiblement satisfait et endossant le costume de « facilitateur », souhaite un « point de sortie » de ces discussions début 2011 et en mars au plus tard, qui n'engagent que lui selon les organisations syndicales agricoles.« Pas de sujet tabou, ni de préalable »Bruno Le Maire a une nouvelle fois appelé les producteurs de lait à  « cesser leurs rivalités () pour défendre au mieux leurs productions face aux transformateurs et à  la grande distribution », qualifiant la réunion du 18 octobre de « constructive » et « fondatrice ».
Les trois organisations syndicales ont accepté qu'il était « interdit » de considérer la question de l'interprofession comme un sujet tabou, mais elle n'est « pas non plus un préalable ni un objectif » pour la série de réunions intersyndicales à  venir, a expliqué le ministre. « Mais il est évident que lors des discussions le sujet peut arriver sur la table, peut-être en toile de fond », a-t-il poursuivi.
La question interprofessionnelle est donc, de fait, mise au second plan afin de traiter les sujets les plus urgents pour l'avenir immédiat de la filière laitière.
D'autant que les décrets d'application de la LMAP doivent maintenant sortir. Bruno Le Maire maintient en effet la mise en oeuvre de la contractualisation dans les filières agricoles au 1er janvier 2011. Et le ministre de presser : « Il y a une réalité économique, un monde concurrentiel avec nos voisins européens et nous devons gagner la bataille du lait qui se joue dans les mois à  venir ».Des lieux de décisionLa FNPL est satisfaite de constater que le dialogue s'ouvre avec les autres syndicats, dialogue qu'elle appelle de ses voeux « depuis un an », a rappelé son président Henri Brichart à  l'issue de la réunion. Ce dernier juge « intéressant d'avoir une position partagée sur les sujets de discussion » dont « l'avenir est à  FranceAgriMer et au CSO (Conseil supérieur d'orientation et de coordination de l'économie agricole et agroalimentaire, NDLR) où le pluralisme syndical existe ». Et d'ajouter : « Les producteurs ont tout intérêt à  se mettre d'accord sur des positions et à  les porter ensemble dans les lieux de décision. »
En revanche, si la FNPL estime que l'ouverture de l'interprofession « n'est pas un sujet tabou en soi », « il n'est pas non plus le plus important » selon son président, car « l'avenir de la politique laitière se décide dans d'autres instances que l'interprofession », affirme-t-il. Devant les parlementaires, le 12 octobre, Henri Brichart a aussi expliqué que « les interprofessions ne peuvent pas être le lieu de la surenchère syndicale », observant que « ceux qui réclament aujourd'hui d'entrer dans l'interprofession laitière veulent uniquement y créer un rapport de forces avec les industriels, et ce n'est pas de la sorte qu'on aboutit à  des accords ; une interprofession est un lieu où toutes les parties se retrouvent autour de la même table pour se mettre d'accord ».Une avancée des minoritairesDu côté des syndicats agricoles minoritaires, « la toile de fond » de la question interprofessionnelle va « perdurer ». Mais « un pas a été franchi », estime Philippe Collin, le porte-parole de la Confédération Paysanne. Et il a été jugé suffisamment important par ce syndicat pour que ses trois grévistes de la faim mettent fin à  leur action le 18 octobre dans la soirée, action entamée il y a 18 jours pour réclamer l'entrée des syndicats minoritaires dans l'interprofession laitière. Pour François Lucas, le président de la Coordination Rurale, « il faut aller vite sur la contractualisation et la gestion des volumes » même si la question interprofessionnelle « doit évoluer aussi ».

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