Publié le 08/11/2010 à 14h43 /

Les producteurs de tabac réclament un plan d'urgence

// 1.000 planteurs de tabac ont manifesté devant l'Assemblée nationale le 3 novembre, soutenus par la FNSEA et JA, en plein examen du projet de loi de finances 2011. Depuis 2010 ils n'ont plus de soutiens européens et demandent une aide d'urgence, un plan d'accompagnement de la tabaculture. Bruno Le Maire les a reçus. Rémy Losser, président de France Tabac, fait le point.

Les tabaculteurs ont manifesté, il y a quelques jours, pour quelles raisons ? Rémy Losser : C'est la première année que les 2.500 exploitations tabacoles que compte la France n'ont plus d'aide couplée à  la production. Du coup, il manque 12 millions d'euros minimum pour solder l'année 2010. Nous n'avons rien vu depuis six mois au niveau national. Aucune ligne budgétaire n'a été prévue à  FranceAgriMer et l'amendement présenté par la FNSEA dans le cadre du projet de loi de finances pour 2011 a été rejeté. Rien n'est venu non plus des crédits du deuxième pilier de la PAC en terme d'accompagnement alors que les producteurs de tabac sont ponctionnés à  hauteur de 40 millions d'euros pour alimenter ce pilier. Dans le même temps, l'État vient d'annoncer une nouvelle hausse du prix des cigarettes, qui correspond à  des sommes phénoménales. Cela est vécu par les tabaculteurs comme une véritable provocation d'autant que notre filière s'est restructurée et modernisée ! Qu'avez-vous demandé à  Bruno Le Maire ? Rémy Losser : Nous souhaitons que le gouvernement lance un plan d'urgence pour 2010 équivalant à  ces 12 millions qui manquent pour la filière. Ensuite, sur le moyen et le long terme, nous avons besoin d'un minimum de visibilité. Nous réclamons un plan d'accompagnement sur les trois prochaines années, 2011, 2012 et 2013, afin de soutenir le secteur. Cet accompagnement pourrait être financé au travers des recettes fiscales de l'État levées sur la vente de cigarettes. Pourquoi ne pas instaurer une taxe additionnelle sur ces ventes afin d'accompagner notre production ? Nous l'avons proposé aux députés et à  Bruno Le Maire. Seul 0,5 centime d'euros par paquet de cigarettes suffirait à  la survie des 2.500 exploitations qui font vivre 10.000 personnes dans des campagnes souvent défavorisées. Que vous a répondu le ministre de l'Agriculture ? Rémy Losser : Sur le plan d'urgence, il a clairement affiché son engagement à  le mettre en oeuvre, notamment via FranceAgriMer, afin de solder l'année 2010. Sur le plan d'accompagnement, le ministre s'est également engagé de manière positive à  soutenir dès 2011, et jusqu'en 2013, la production française de tabac. Reste encore à  définir d'où proviendront les crédits nécessaires. L'utilisation de la fiscalité sur les ventes de cigarettes peut poser des problèmes au niveau communautaire, nous a expliqué Bruno Le Maire qui est très prudent sur ce point. Globalement, nous sommes satisfaits de la volonté affichée par le ministre d'un engagement fort pour l'avenir de notre secteur. Nous attendions ce positionnement politique. Vous dénoncez un amalgame entre production tabacole et tabagisme Rémy Losser : Les planteurs de tabac sont des agriculteurs comme les autres. Il est impératif de dissocier la lutte contre le tabagisme du soutien au secteur tabacole, dont la disparition n'aboutirait qu'à  une hausse des importations de tabac sans impact sur le niveau de la consommation de cigarettes. Le ministre souhaite défendre cette idée et il était important qu'il procède aussi à  cet affichage. Qu'attendez-vous de la PAC d'après 2013 bientôt en discussion ? Rémy Losser : On ne peut pas laisser tomber dans la future PAC des petites filières comme celles du tabac, du pruneau d'Agen ou de la fécule de pomme de terre. Si la PAC d'après 2013 se borne à  une homogénéisation bête et méchante des soutiens entre productions, et cela sans aucun filet de sécurité par rapport aux marchés, des filières comme la nôtre seront condamnées. Mais je suis persuadé que nous avons une carte à  jouer dans les discussions sur la PAC d'après 2013. La filière française du tabac Le groupe France-Tabac, filière nationale du tabac, regroupe l'Union de Sociétés Coopératives Agricoles (France Tabac), la Fédération Nationale des Planteurs de Tabac (FNPT), la Caisse de Réassurance Mutuelle Agricole des Planteurs de Tabac et la Société de Presse et d'Édition Tabacole. Le secteur compte 2.500 exploitations réparties dans plus de 60 départements sur un total de 6.580 ha. Il emploie aussi 30.000 travailleurs saisonniers, occupés parfois jusqu'à  six mois par an. La part du tabac dans le revenu de ces exploitations varie entre 40 et 75 %. La France produit 17.000 tonnes de tabac par an (96 % de variétés blondes et 4 % de tabac brun) exportées dans 20 pays.
Un marché d'abord mondial La France est le cinquième producteur européen de tabac et la filière française est dans un marché mondial très ouvert. « Le libre-échange est total sur le tabac », souligne le président de France Tabac, Rémy Losser. Le premier producteur mondial de tabac est la Chine mais elle utilise sa production en autarcie et ne participe donc pas aux échanges mondiaux, une étrangeté de ce marché. Viennent ensuite le Brésil, le Malawi et l'Inde. La principale distorsion de concurrence dont est victime la filière française se fonde sur le coût de la main-d'oeuvre, face aux pays tiers comme à  l'intérieur de l'Union.

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