Publié le 10/11/2010 à 14h45 /

Entretien avec Jean Christophe Debar

// Jean Christophe Debar, directeur d'Agri US Analyse, estime «Â douteux » que le nouveau Congrès américain soit favorable à  la signature d'un accord à  l'OMC. Explications.

L'impact principal des élections devrait se faire sentir dans le domaine réglementaire : les Républicains sont majoritairement opposés au renforcement des contraintes environnementales, y compris contre le changement climatique © Le Sillon
Quelles conséquences auront sur l'agriculture américaine mais aussi mondiale et sur les relations commerciales internationales les récentes élections de mi-mandat marquées par la nette victoire républicaine ? L'agro-économiste Jean-Christophe Debar (lire zoom ci-dessous), livre son analyse.
Que sont les « agricultural trade advisory comittees » et que signifie exactement le fait que l'USDA relance leur activité ?
Jean-Christophe Debar » En 1974, le Congrès américain a créé des structures consultatives, composées de représentants du secteur privé, pour permettre à  ce dernier de faire des recommandations à  l'administration en matière de politique commerciale. L'APAC est chargé de proposer des orientations pour accroître les exportations de produits agricoles et alimentaires. Il s'appuie sur six comités techniques, les ATAC, qui reflètent les intérêts des différents secteurs de production. L'APAC était en sommeil depuis quelques années. La volonté du président Obama de le relancer — qui plus est dès le lendemain des élections législatives — est symbolique de l'importance accordée par l'administration à  l'ouverture des marchés étrangers. Le président s'est fixé comme objectif de doubler les exportations (agricoles et non agricoles) d'ici 2015, mais une partie des Démocrates est réticente à  la signature d'accords commerciaux, qui impliquent également une plus grande ouverture des États-Unis aux importations.
Comment peut-on envisager le comportement d'une Chambre des représentants républicaine vis-à -vis des négociations OMC ?
J.-Ch. D. » La nouvelle Chambre des représentants sera sans doute plus encline à  ratifier les accords commerciaux déjà  conclus par l'administration avec la Corée du Sud, la Colombie et le Panama (sous réserve de certains réaménagements, notamment avec la Corée du Sud), et à  négocier plus activement pour participer au Partenariat Trans-Pacifique, comme le demandent avec insistance les milieux agricoles. En revanche, il est douteux que le Congrès issu du scrutin du 2 novembre soit plus favorable à  la signature d'un accord à  l'OMC. L'agriculture reste un point de blocage. Les États-Unis considèrent que les concessions proposées par les pays émergents pour l'ouverture de leur marché ne sont pas suffisantes pour justifier une réduction des subventions aux agriculteurs américains.
Le changement de majorité peut-il peser sur les questions de politique agricole intérieure ? J.-Ch. D. » C'est un Congrès américain partagé entre Démocrates et Républicains qui va préparer le prochain « farm bill », c'est-à -dire la loi-cadre agricole qui expire en 2012 et doit être renouvelée pour cinq ou six ans. Compte tenu de l'approche traditionnellement bipartisane en matière de politique agricole, on n'attend pas de changement majeur pour les prix garantis et les aides directes.
Cependant, l'élu pressenti pour la présidence du comité agricole de la Chambre des représentants, Frank Lucas, vient de l'Oklahoma, gros État producteur de blé : il veut maintenir les paiements fixes, découplés de la production et des prix de marché, que le président sortant, Collin Peterson, du Minnesota, plus sensible aux intérêts des producteurs de mais et de soja, souhaitait démanteler pour financer des mesures contre l'instabilité des prix de marché (assurance chiffre d'affaires, programme ACRE).
L'impact principal des élections devrait se faire sentir dans le domaine réglementaire : les Républicains sont majoritairement opposés au renforcement des contraintes environnementales, y compris contre le changement climatique, ou à  une meilleure protection des éleveurs dans les contrats passés avec les intégrateurs.
Et ils ne prisent guère le soutien apporté par l'administration démocrate à  l'agriculture biologique et au développement des circuits courts. Reste à  voir, aussi, comment le nouveau Congrès va peser pour la réduction des dépenses publiques, et quelles conséquences il en résultera pour le financement du prochain « farm bill ».Propos recueillis par Thierry MichelJ.-Christophe DebarIngénieur agronome, diplômé de l'Institut national d'agronomie Paris Grignon, Jean-Christophe Debar a travaillé au Bureau des affaires agricoles de l'ambassade des États-Unis en France. Devenu consultant indépendant, il dirige sa propre lettre d'information mensuelle, Agri-US-Analyse. Il est également membre du comité de prospective du ministère français de l'agriculture et du club Demeter des organismes agricoles.

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