Publié le 03/12/2010 à 14h41 /

L'agriculture aquitaine se fixe un cap

// Afin «Â d'améliorer le revenu des agriculteurs et de leur permettre de rester compétitifs et surtout leur ramener de la valeur ajoutée », les organisations professionnelles donnent le coup d'envoi de leur «Â projet stratégique agricole ».

Lors de la session de la chambre régionale d'agriculture d'Aquitaine, les organisations professionnelles régionales ont donné le coup d'envoi officiel du «projet stratégique». © Le Sillon
Le projet agricole stratégique, « fil rouge » des organisations professionnelles agricoles d'Aquitaine, est sur les rails. Présenté le 23 novembre dernier à  l'occasion de la session d'automne de la chambre régionale d'agriculture, ce projet s'articule autour de quatre axes de travail. Le premier concerne l'adaptation des filières aux marchés. Les chantiers retenus s'organisent autour de la création d'une marque régionale collective, véritable « bannière des entreprises ». Pour y parvenir, il sera essentiel de fédérer et structurer l'aval aujourd'hui trop atomisé, mais aussi de structurer les marchés de proximité. Un vaste chantier car « tout est à  construire ». Sur ce terrain, Thierry Blandinières, directeur général du groupe Maisadour, a fait part de son expérience. Il a notamment rappelé l'importance d'une offre bien segmentée. Une vision partagée par Guy Chàteau, directeur du Crédit agricole d'Aquitaine, qui a, dans le même odre d'idées, décliné l'importance des 3 « M » pour des industries agroalimentaires puissantes : des marques fortes, répondant à  des marchés larges et se positionnant à  l'échelle mondiale. Une communication à  haute valeur ajoutée Deuxième axe du plan stratégique : l'intégration des attentes de la société dans les stratégies produits. En un mot, comme l'a évoqué le président de l'INAO Michel Prugue, « prendre en compte les attentes et les souhaits des consommateurs mais aussi, faire savoir nos savoir-faire ». L'Aquitaine, première région de productions sous signe officiel de qualité, a en main de nombreux atouts Reste à  s'en servir pour générer de la valeur ajoutée. « Si nous ne prenons pas en main notre communication vers le consommateur, la grande distribution le fera à  notre place et c'est elle qui s'appropriera nos efforts de production » a averti Jacques Weil, directeur de la fédération régionale des coopératives d'Aquitaine.  Troisième axe du projet stratégique agricole, la garantie des ressources. Il concerne particulièrement la gestion de l'eau — 14.000 exploitations d'Aquitaine sont dépendantes de cette ressource. À ce propos, le préfet de région, Dominique Schmitt, s'est dit prêt à  entreprendre des démarches auprès du ministère de l'agriculture afin que soit prise en compte la spécificité des territoires, notamment dans les Landes. Il a aussi annoncé que l'Agence de l'Eau prendra en charge 70 % du financement des nouvelles retenues. Le défi du renouvellement des générations La garantie des ressources concerne aussi le foncier. En 20 ans, plus de 120.000 hectares ont disparu en Aquitaine. Il est donc urgent de mettre en place de nouveaux outils pour préserver la fonction productive du foncier. Pour Pierre Pouget, directeur de la Safer Aquitaine Atlantique, il est avant tout question de partage : « Un débat doit être engagé car il n'y aurait rien de pire qu'une lecture corporatiste ». Face à  l'érosion du foncier, la résolution de l'équation entre besoin agricole et besoin sociétal devient ici indispensable.  Il y aura aussi nécessité de mettre en place de nouveaux outils pour permettre aux agriculteurs de s'installer, ce qui doit au final permettre de relever le défi du renouvellement des générations. Pour favoriser l'installation, les professionnels misent sur la communication et la valorisation des métiers agricoles. Il faudra également renforcer l'agriculture de groupe (en 2008, une installation sur deux a été réalisée sous forme sociétaire), développer la formation et se soucier de la gestion des ressources humaines. Des entreprises compétitives Le dernier axe de ce projet concerne la compétitivité des entreprises. Là  encore, tous les agriculteurs doivent avoir accès au progrès. De même, cette compétitivité ne peut se concevoir sans une connaissance précise des besoins et par la suite une définition de programmes de recherche cohérents. À ce propos, Benoît Fauconneau, président de l'INRA Aquitaine, a précisé que les grands axes du projet trouvaient écho dans les chantiers prioritaires de la recherche notamment pour le volet « agro-écologie ».
La compétitivité passe aussi par la promotion d'outils d'aide à  la décision et par l'identification de types d'exploitations viables. « Avant d'inventer de nouveaux modèles, il convient de se référer aux modèles gagnants. Il y en a dans chaque production » a rappelé Jean-Pierre Pargade, président du Crédit agricole d'Aquitaine. La chambre régionale d'agriculture souhaite maintenant impliquer tous les acteurs. « Ce projet appartient aux professionnels. Ils doivent le faire partager aux politiques, aux administrations, précise son président Dominique Graciet. Nous devons agir de manière coordonnée. Il va falloir bien sûr en faire aussi la promotion sur le terrain en veillant à  prendre en compte les spécificités des territoires et des filières. » Un engagement partagé par la Région. « Notre mission, a confirmé Jean-Pierre Raynaud, vice président du conseil régional d'Aquitaine, est de mettre en place une politique agricole au service des hommes et des femmes de notre région ». Dominique Schmitt, préfet de région, a quant à  lui assuré l'appui de tous les services de l'État. « Il faut un projet stratégique musclé qui garantisse l'avenir de l'agriculture de cette région ». Geneviève Marcusse-Artigue Le calendrier du plan stratégique agricole aquitain Le projet stratégique lancé le 23 novembre doit maintenant être décliné auprès de l'ensemble des agriculteurs et des filières agricoles et des territoires d'Aquitaine. Ce travail de « déclinaison » se déroulera durant les cinq premiers mois de 2011. La présentation du document final et l'engagement des partenaires sont prévus lors du prochain salon de l'agriculture d'Aquitaine.
L'irrigation L'un des axes forts du projet stratégique de la chambre régionale d'agriculture est la garantie des ressources, notamment l'eau. L'irrigation occupe une place importante au coeur des exploitations du Sud-Ouest. Lors de la dernière session de la chambre d'agriculture des Pyrénées-Atlantiques, qui s'est tenue à  Pau le 26 novembre dernier, Guy Estrade, vice-président, a tenu à  tordre le cou à  certaines idées reçues. « Lors de cette dernière campagne, la ressource créée a permis de passer l'été sans interdiction. La politique de stockage est une politique intelligente et d'avenir ».
Selon M. Estrade, « les règlements de l'Union européenne sont inacceptables pour nos territoires. Quand on est à  Lille ou à  Amsterdam, on ne parle pas de la même chose que quand on est à  Lembeye ou Aire-sur-l'Adour ».

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