Publié le 16/12/2010 à 09h02 /

Jean-Michel Lemétayer : « Notre métier a un prix »

// Jean-Michel Lemétayer a quitté la présidence de la FNSEA le jeudi 16 décembre. Le même jour, le conseil d'administration du syndicat a élu Xavier Beulin à  sa succession. Interview-bilan de 10 ans passés à  la tête de la centrale syndicale paysanne

A l'heure de son départ, Jean-Michel Lemétayer a peu de regrets, exprime de nombreuses fiertés, dévoile ses nouveaux projets et nous livre sa lecture d'événements ayant marqué ses 10 ans de présidence, partagée en trois mandats. Jean-Michel Lemétayer revient également sur les grands combats à  venir des agriculteurs français : la future PAC, le prix payé aux producteurs et la mise en place de la contractualisation notamment. Vous quittez la présidence de la FNSEA avant le terme de votre mandat. Pourquoi avoir pris cette décision ?  Jean-Michel Lemétayer : Depuis le congrès de Nantes de 2008, ma décision a été prise et annoncée de ne pas briguer un autre mandat. Et j'ai décidé, seul, cet été, de passer la main avant Noël. Je le fais trois mois et demi avant le prochain congrès de la FNSEA, électif, qui se tiendra à  Saint-Malo fin mars. Il s'agit de permettre à  mon successeur de prendre ses marques et de présider cette maison pendant l'élaboration du prochain rapport d'orientation de la FNSEA. En partance, ce n'est pas à  moi d'arbitrer ces prochains mois les futurs grands chantiers de l'agriculture française. Désormais, qu'allez-vous devenir ? J.-M. L. : Je viens d'être nommé vice-président du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Je préside également la Sopexa et je vais tout faire pour les filières et la promotion des produits agroalimentaires français à  l'export. Je suis très inquiet de la place que perd la France en agriculture et dans l'agroalimentaire face à  ses concurrents. Je préside également une association d'ingénierie culinaire qui monte actuellement à  Rennes une plateforme de recherche et d'innovation dans le secteur culinaire, en partenariat notamment avec l'Agro Campus de cette ville. Enfin, quelque chose me tient à  coeur mais sur laquelle j'ai des difficultés à  avancer : la faim dans notre pays. Comment pouvons-nous mieux faire valoir la générosité du monde paysan ? Nous pouvons faire mieux en la matière, on jette aujourd'hui de la nourriture. Mais ce n'est pas simple. Il y a 15 ans, je me souviens de la suspicion de la Commission européenne parce que nous faisions des dons de lait lorsque j'étais président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). Quant à  la carrière politique, elle ne m'intéresse pas ; il peut y avoir des présidents de la FNSEA sortants qui ont moins envie de faire de la politique que d'autres. Vous souvenez-vous de deux ou trois événements ayant marqué vos mandats à  la tête de la FNSEA ? Vous publiez d'ailleurs un livre de confidences J.-M. L. : Je tiens d'abord à  dire que de très nombreux sujets ont été abordés dans ce livre et jusqu'au sujet difficile des suicides en agriculture. Je tiens à  dire aussi que je ne rends pas les armes, je n'ai pas fini de combattre la distribution. Par ailleurs, je n'ai pas fini de me faire entendre sur la Loi de modernisation de l'économie (LME) reprise dans la dernière Loi de modernisation de l'agriculture et de la pêche (LMAP). J'ai des fiertés à  propos de nombreux sujets sur lesquels je me suis toujours dit qu'ils étaient les bons combats. Je crois à  la politique des prix ; notre métier a un prix ! Ce fut le thème de mon premier congrès en tant que président de la FNSEA. C'était mon leitmotiv à  la FNPL et j'ai ramené ce combat sur les prix à  la FNSEA. Et ce combat vaut pour tous les secteurs de production. En bovins viande, le revenu a trop dépendu des soutiens PAC, il doit davantage dépendre de prix rémunérateurs pour les éleveurs. Le prix fait le revenu des paysans. Quant à  la FNSEA, elle continuera à  privilégier un discours et une action responsables sans tomber dans la cogestion. Le pluralisme syndical, lui, est normal, le combat syndical aussi. Mais il faut également suivre et défendre les dossiers ; il y a d'autres manières de conquérir des adhérents que de taper sur les syndicats adverses. Avez-vous des regrets Jean-Michel Lemétayer ? J.-M. L. : Je regarde peu dans le rétroviseur qui sert aussi d'ailleurs à  dépasser et avancer J'ai tout de même un regret, celui de constater à  la lecture de la récente Communication de Bruxelles sur la future PAC, que la Commission européenne ne tire pas certaines leçons : elle n'apporte aucune solution à  la forte volatilité des marchés agricoles. Et j'aurais un autre regret, celui d'avoir compris après coup que lorsque ça va très mal, il faut re-expliquer nos positions aux agriculteurs, prendre le temps pour ça. Cela n'a pas été suffisamment le cas en 2009 après l'accord sur le prix du lait du mois de juin et mon refus de soutenir la grève du lait. Quels vont être les grands combats syndicaux de ces prochains mois et années pour les paysans français ? J.-M. L. : Ils portent bien entendu sur la réforme de la PAC post-2013, la mise en oeuvre de la contractualisation dans les filières agricoles à  partir de 2011 ainsi que les évolutions de la politique environnementale en France et en Europe. Nous devons sortir aussi des distorsions de concurrence qui existent et qui sont croissantes sur le plan européen. Les pouvoirs publics doivent faire preuve d'honnêteté politique pour ne pas laisser faire une libéralisation des marchés agricoles alors que les conditions de production ne sont pas les mêmes à  travers le monde et au sein même de l'agriculture européenne. Nous devons être en position de combattre et de gagner des parts de marché face à  nos partenaires européens en particulier. Enfin, la complémentarité et la diversité de nos productions sont également l'enjeu à  l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et dans la future PAC. Avez-vous un message à  délivrer à  votre successeur ? J.-M. L. : La personne qui me succédera doit absolument être elle-même. Tous nos interlocuteurs, politiques, économiques, de la société civile apprécient que nous soyons nous-mêmes : le syndicalisme n'est pas un jeu. Le président de la FNSEA doit être reconnu chez lui. Mais il doit pouvoir aussi inaugurer à  Bordeaux le salon Vinitech, intervenir dans la même journée au Congrès des Producteurs de Légumes de France et animer le soir même une réunion sur l'élevage. Il doit représenter la diversité de l'agriculture française tout en étant forcément issu d'un territoire. Il faut conjuguer à  la FNSEA l'horizontalité de l'agriculture et les politiques de filières. Il faut du syndical, de l'économie et du territoire à  la FNSEA ! Il faut également comprendre les gens, les écouter et les respecter. Finalement le plus important c'est d'être humain Confidences d'un leader paysan. Jean-Michel Lemétayer : une vie de combat syndical, Entretiens avec Thiébault Dromard, Éditions Bertrand Gobin, Rennes, 200 pages, 18 euros TTC. 

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