Publié le 23/12/2010 à 15h05 /

Semis du mais : bilan de la première année sans carbamates

// Attaques de taupins, scutigérelles, mouches, ravageurs du sol Arvalis-Institut du végétal tire les enseignements de la campagne 2010 en matière de protection des semis du mais, première année de l'entrée en vigueur de l'interdiction des produits à  base de carbamates.

Au niveau national, le printemps 2010 s'est caractérisé par un retour des dégàts de taupins et la confirmation de l'augmentation des dégàts d'oiseaux sur jeunes mais. Plus localement, les scutigérelles et les mouches (oscinie, géomyze) ont profité des conditions climatiques difficiles peu favorables à  une installation rapide des plantes. Leur nuisibilité a parfois pu être importante dans certains secteurs respectivement du Sud-Ouest et du Centre-Est.

Beaucoup d'hectares non protégés contre les ravageurs du sol

2010 était la première année d'interdiction de l'usage des produits à  base de carbamates (Oncol S bénéficiait encore d'une dérogation sur mais en 2009). Ainsi, le marché de la protection des semis s'est partagé à  part égale entre traitement de semences (Cruiser 350) et micro granulés à  base de pyréthrinoides (Force 1,5 g, Belem 0,8 mg). Le coût de ces produits, compris entre 55 et 80 €/ha, représente un doublement des frais de protection des semis en deux ans. Cette augmentation explique en grande partie que les agriculteurs aient fait l'impasse de traitement sur près des deux tiers des surfaces de mais.  La situation est donc extrêmement fragile et expose de nombreux agriculteurs à  un risque de nuisibilité économique. En effet, des attaques parfois peu visibles ou jugées insignifiantes peuvent se révéler dommageables sur le rendement dès la perte de 5 % de plantes, surtout lors de semis à  des densités inférieures à  la densité optimale.

Les attaques de taupins ont été très tardives

Les conditions du printemps 2010 ont donné lieu à  un scénario atypique : les semis exceptionnellement groupés en avril, et souvent réalisés dans des sols secs en surface, ont été suivis de conditions exceptionnellement sèches au nord de la Garonne et froides sur l'ensemble du territoire. Ces conditions déficitaires en cumul de températures n'ont pas favorisé une installation rapide des mais qui n'avaient pas encore atteint le stade d'insensibilité aux attaques de taupins lorsque les conditions plus chaudes (fin mai dans le sud-ouest) et plus humides (début juin au nord de la Loire) sont devenues plus favorables aux ravageurs. Les attaques ont souvent débuté au cours de la dernière décade de mai et se sont poursuivies durant tout le mois de juin. Elles se sont traduites par des perforations du collet avec pour conséquence tallage ou absence d'épi selon le stade de développement de la plante au moment de l'attaque.  Notons qu'une activité des larves de taupins dans les premiers horizons du sol à  cette période de l'année n'est pas exceptionnelle, mais passe souvent inaperçue car des températures proches de la normale permettent habituellement au mais d'atteindre et dépasser le seuil de sensibilité aux attaques de taupins (10-12 feuilles).

L'incidence des conditions climatique

Les conditions climatiques ont aussi eu des incidences sur le comportement et les performances des produits de protection appliqués au semis. Le Cruiser 350 (substance active : thiamethoxam, traitement de semence) confirme son bon niveau de protection contre les taupins. Dans les conditions de très fortes attaques tardives (entre 45 et 60 jours après le semis) sur mais peu développé, le pourcentage d'attaques par les taupins demeure faible, excepté dans quelques situations (où seule la dernière notation peut être exceptionnellement élevée en comparaison des résultats obtenus les années précédentes). Cependant, le nombre de plantes présentes à  la récolte est peu affecté et le rendement est généralement préservé.  Les produits microgranulés à  base de pyréthrinoides (Force 1,5 g, Belem 0,8 mg) ont une nouvelle fois démontré que leur efficacité était dépendante de la qualité de l'application. En effet, les substances actives appartenant à  cette famille sont très peu solubles donc peu mobiles dans le sol ce qui nécessite de positionner, au moment du semis, les microgranulés depuis la graine jusqu'au collet de la future plante. Pour cela, la mise en place d'un diffuseur à  la descente du microgranulateur est indispensable.

Des enseignements sur le positionnement des microgranulés 

L'année qui s'achève permet de tirer des enseignements sur le positionnement des microgranulés et leur efficacité vis-à -vis des attaques de taupins. La préparation du sol et l'état hydrique du lit de semence détermine la qualité d'application des microgranulés dans la raie de semis, donc l'efficacité de la protection contre les taupins. Dans un sol sec et motteux (ou en présence de cailloux, résidus), les microgranulés ont tendance à  être positionnés en fond de raie de semis ce qui a pour conséquence d'abaisser leur efficacité dans le cas d'attaque tardive (plutôt localisée au collet de la plante).

L'effet semoir

Le type de semoir (avec ou sans soc) et le type de diffuseur (Syngenta ou SBM) peuvent également avoir une influence sur la répartition des microgranulés dans la raie de semis. Comme la localisation des attaques de taupins sur jeune plantule varie au fil du temps (attaque précoce sur coléoptile, attaque tardive au collet), le type de semoir et le positionnement des microgranulés influenceront l'efficacité de la protection.  De nombreuses situations d'échec de protection ont été constatées, notamment dans le cas de protection à  l'aide de microgranulés à  base de pyréthrinoides appliqués dans un sol particulièrement sec (semis réalisés après une longue période de vent et dépourvue de pluie en avril 2010). Des problèmes de formulation du Belem 0,8 mg ont également pu être constatés cette année et ont amplifié les difficultés d'application de microgranulés. Dans ces conditions assez particulières, le positionnement du Force 1,5 g a été légèrement avantagé notamment gràce à  une meilleure protection contre les attaques tardives au niveau du collet des plantes. Jean-Baptiste Thibord et Jean-Paul Renoux,
Arvalis Institut du Végétal

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