Publié le 11/03/2011 à 17h18 /

Tromperie à  l'étiquetage de foie gras importés de Bulgarie

// FDSEA et JA des Landes ont investi un Leader Price pour sensibiliser les consommateurs aux dérives de l'importation de produits et faire admettre à  la GMS l'urgence d'une meilleure rémunération des producteurs.

Dans le magasin, comme sur le parking, la délégation FDSEA/JA, qui n'est pas passée inaperçue, a dénoncé l'importation de foie gras et magrets de Bulgarie et des tromperies à  l'étiquetage.
Une vingtaine d'agriculteurs de la FDSEA et des JA des Landes a mené une action coup-de-poing vendredi 4 mars au supermarché Leader Price de Mont-de-Marsan. Alertés par un prospectus de l'enseigne annonçant la vente de magrets et de foie gras d'import, respectivement à  7,99 € et 14,99 € le kilo, les exploitants landais ont décidé de manifester leur mécontentement.
« L'an dernier, nous estimions que le prix plancher de vente du magret devait tourner autour de 9 € ou 9,50 € le kilo pour assurer une juste rémunération au producteur, rappelle Jean-Pierre Dubroca, le nouveau président de la section foie gras de la FDSEA. Or depuis, les coûts alimentaires ont flambé. On a pris 3 € de surcoût alimentaire par canard, que l'on essaie de faire passer à  la grande distribution. Alors forcément, ce genre de promotion nous énerve. » À tel point que certains exploitants qui ne travaillent pas pour la filière ont fait le déplacement pour soutenir leurs collègues. Décalage entre le discours de la GMS et les faits
C'est le cas notamment de Pascal Lafenêtre, président des JA, venu « par solidarité », apposer des stickers « Produits UE, chômage local ! » sur les produits incriminés. « Ce qui nous choque en termes de communication, c'est le décalage entre le discours de la grande distribution qui dit aimer les producteurs locaux, et la réalité des faits qui consiste à  proposer du magret et du foie gras d'origine douteuse dans le premier département producteur de France », indique Christophe Barrailh, président de la FDSEA. Revêtu d'un déguisement de canard, il a donc entraîné ses troupes à  l'intérieur du magasin pour dénoncer « des pratiques de prix anti-rémunérateurs » pour les producteurs de palmipèdes gras locaux. Dans le rayon frais, les agriculteurs ont pu se rendre compte que la majorité des produits concernés par la promotion avaient été importés de Bulgarie.
Mais seuls les consommateurs très avertis étaient à  même de faire la même constatation. Seule l'abréviation « BG » inscrite en petit sur l'étiquette renseignait sur l'origine des produits, alors même que la mention « Vic-Fezensac », lieu du siège social de la société importatrice, apparaissait en caractère gras. « Vic-Fezensac, ça parle de Sud-Ouest, de fête et de corrida. Alors au-delà  du côté cocardier de notre démarche, nous voulons dénoncer cette tromperie manifeste du consommateur. » Le syndicat a d'ailleurs saisi la répression des fraudes sur ce dossier. L'arrivée de la délégation dans les rayons du magasin n'est pas passée inaperçue, ni du côté des clients, ni du côté de la direction. Premier à  se présenter aux agriculteurs, le chef du rayon frais a rapidement accepté de retirer des linéaires l'ensemble des produits importés. En plus des magrets et du foie gras, des aiguillettes, des carcasses, et même de la graisse de canard affichaient un passeport bulgare. Christophe Barrailh a pu ensuite s'entretenir avec le directeur du magasin qui a avoué qu'il s'attendait à  une telle visite. Dans une ambiance courtoise, le président de la FDSEA a exposé les griefs des producteurs. « En bonne intelligence, il serait bien que votre enseigne tienne compte de son environnement socio-économique. Ce genre d'opération risque de détruire de l'emploi. »
L'homme a indiqué être un simple exécutant de la politique de l'enseigne au niveau régional et ne pas avoir de pouvoir sur le choix des articles présents dans ses rayons. D'ailleurs, après avoir contacté sa hiérarchie, il a récité le mot d'ordre officiel : « Nous vendons aussi bien des produits français que bulgares. C'est au consommateur de faire son choix ». Ce à  quoi Christophe Barrailh n'a pas manqué de lui répondre qu'à  la lecture des étiquettes, ce choix était grandement faussé Pour autant, la discussion ne s'est pas envenimée, le directeur du magasin reconnaissant comprendre la démarche des producteurs et promettant de faire remonter à  ses supérieurs leur demande. Cette assurance a suffi à  faire lever le camp aux agriculteurs. Pour autant, ils restent vigilants. « Au niveau national, la GMS nous rit au nez quand nous voulons engager des négociations pour faire passer les hausses de coûts alimentaires, rappelle Christophe Barrailh. Il faut donc les attaquer sur leur propre terrain, celui de la communication. C'est ce genre de petites opérations, assez négatives en termes d'image pour les enseignes, qui peuvent faire bouger les choses. » D'autres du même genre pourraient être organisées prochainement.
Cécile Agusti

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