Publié le 16/06/2011 à 15h48 /

L'hégémonie du soja OGM

// Matière première indispensable à  certaines filières animales, le tourteau de soja non transgénique devient rare. À terme, cette situation pourrait s'avérer problématique.

À moyen terme, l'hégémonie du soja transgénique pourrait poser problème pour la fabrication d'aliments du bétail certifiés non OGM, car certaines filières animales ont inscrit cette exigence dans leur cahier des charges de production.
Avec le coton, le soja a été l'une des premières cultures à  s'engager dans la voie des OGM (organisme génétiquement modifié). Aujourd'hui, il en résulte de profondes mutations au sein de l'offre mondiale de tourteau de soja. Désormais, la grande majorité de cette matière première, très utilisée pour l'alimentation animale, est issue de cultures transgéniques.
En France, les fabricants d'aliments pour le bétail doivent composer avec cette nouvelle donne. À l'occasion de l'assemblée générale de l'association Qualimat Sud-Ouest, Christophe Delafon, de la société importatrice Bunge, a présenté un aperçu de cette problématique.
Le contexte mondial de la filière soja est relativement clair. Il est le fruit d'un rapport bilatéral. L'Europe est la principale région consommatrice, tandis que le Brésil assure la grande majorité de la production. Dans ce pays, l'histoire des cultures OGM a réellement démarré au milieu des années 2000. En autorisant officiellement les semis transgéniques, le gouvernement brésilien a ouvert grand les portes à  ce mode de production. La suprématie des OGM
En raison des bénéfices escomptés par les producteurs, la production de soja OGM n'a cessé de croître. Le gain de rendement et l'économie de charges sont les deux principaux facteurs qui expliquent ce développement exponentiel. « Pourtant, le gain de quintaux n'est pas forcément avéré sur le soja, nuance Christophe Delafon. Les simulations mettent en avant un petit avantage économique, mais ce n'est pas forcément évident ».
D'autres raisons justifient cette marche en avant. Tout d'abord, l'utilisation de plantes transgéniques autorise une gestion beaucoup plus souple de la culture. « Cette technologie offre de nombreuses facilités dans la conduite », confirme le responsable.
Sur le plan logistique, les infrastructures brésiliennes ne permettent plus une gestion efficace de la production conventionnelle. Les équipements de collectes dédiés sont largement insuffisants. À tel point qu'une grande partie de la production conventionnelle ne peut être valorisée en tant que graines non OGM, en raison d'une incapacité à  les stocker de manière indépendante. Autre explication, la place de l'Asie s'accroît parmi les principales régions importatrices. Or, les pays asiatiques ne sont guère soucieux du caractère OGM des produits. Enfin, la quasi-totalité de la recherche variétale est désormais orientée vers les semences transgéniques.
« Aujourd'hui, il est très difficile de revenir en arrière », commente le Christophe Delafon. À l'heure actuelle, 75 % du soja produit à  l'échelon planétaire sont issus de cultures résistantes à  certains pesticides. En Europe, les fabricants d'aliments doivent faire face à  ce contexte nouveau, car il existe encore une demande spécifique en tourteaux non OGM. « Même si on n'a pas constaté d'effet suite aux mesures d'étiquetage des viandes, la France représente 15 % de la demande européenne en tourteaux non OGM (600.000 tonnes) ». En effet, certaines filières animales ont ajouté cette exigence à  leurs cahiers des charges. Pour celles-ci, un véritable casse-tête s'annonce. D'autant que les alternatives au soja brésilien ne sont pas légion. En Amérique du Nord, la production conventionnelle enregistre une contraction finale, avec moins de 4 % des volumes totaux.L'Inde à  la rescousse
À court terme, le salut pourrait venir de l'Inde. Face au succès mitigé du coton BT (OGM) dans ce pays, le gouvernement n'a pas autorisé le recours à  la technologie transgénique sur des productions alimentaires. À moyen terme, le statu quo devrait prévaloir. Cependant, la production indienne souffre d'un réel manque de compétitivité. La filière tout entière reste très manuelle et le respect des normes sanitaires peut s'avérer difficile. Malgré tout, « l'origine indienne sera indispensable à  l'avenir », note Christophe Delafon.
Pour l'heure, le marché du tourteau de soja non OGM évolue dans un contexte incertain. Si la décroissance de l'offre brésilienne ne fait aucun doute, l'évolution de la demande en Europe dictera la suite. À moins que l'environnement réglementaire n'évolue. Quoi qu'il advienne, ces éléments devraient avoir un impact important sur les prix de cette matière première et sur les coûts alimentaires qui en découleront, pour certaines filières.
Fabien Brèthes

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