Publié le 30/09/2011 à 10h01 /

Les actions de l'AGPM contre Diabrotica

// L'insecte a pour la première fois été détecté en Aquitaine, en Dordogne et en Gironde. Daniel Peyraube, secrétaire général de l'AGPM, revient sur les actions mises en place pour les maisiculteurs.

Diabrotica vient d'être détecté pour la première fois en Aquitaine. Quelles sont les conséquences pour les agriculteurs et pour la production de mais ?
Daniel Peyraube » Cet insecte est un grand ravageur du mais. Aux États-Unis, son pays d'origine, on l'appelle « l'insecte à  1 milliard de dollars », surnom hérité du coût estimé de sa nuisibilité à  la fin des années 1990. Il est arrivé en Europe à  cette époque via les transports de troupes lors du conflit en ex-Yougoslavie. Il a été détecté pour la première fois en France en 2002 près de l'aéroport de Roissy. Mais, ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'en Europe, contrairement à  l'ensemble des autres ravageurs que nous connaissons en mais (taupin, pyrale, scutigérelle), il est classé insecte de quarantaine. La lutte est donc obligatoire pour les agriculteurs des zones touchées, et sur des modalités qu'ils ne choisissent pas.
Or, quand Diabrotica est identifié dans une nouvelle zone, la mesure de lutte imposée est l'arrêt du mais pendant 2 années sur les parcelles. Sans parler des traitements obligatoires au semis. Ce ne sont donc pas les dégàts de l'insecte que nous craignons de prime abord, mais bien les conséquences de la lutte menée pour l'empêcher de s'installer. C'est pour cela que l'AGPM n'est jamais restée inactive depuis la découverte du premier foyer, en 2002.

Concrètement, quelle a été l'action de l'AGPM ?
D. P. » Cette action a été menée sur plusieurs fronts en même temps. Celui des règles de lutte d'abord : réduction du rayon, limitation des mesures obligatoires. Celui des produits de lutte ensuite. Nous avons oeuvré pour faire évoluer la réglementation au niveau européen (demande de sortie de quarantaine) et au niveau français (confinement). Surtout, nous avons été pionniers sur la question de l'indemnisation des agriculteurs touchés. Et à  ce titre-là , Diabrotica est bien le symbole d'une filière solidaire puisque les agriculteurs qui sont forcés de lutter, et qui par là  même protègent de l'invasion les autres bassins de production, sont aidés à  supporter financièrement la lutte par l'ensemble des producteurs de mais au travers d'une cotisation volontaire obligatoire (CVO) et par l'État.

Comment fonctionne exactement le dispositif d'indemnisation mis en place ?

D. P. » C'est relativement simple. Une cotisation spécifique s'applique sur les doses de semences vendues. Plafonnée à  1 euro par dose de 50 000 grains, elle a été validée en septembre 2009 pour 3 ans, mais avec une adaptation possible tous les ans en fonction des besoins d'indemnisation identifiés. Concrètement, ceci représente une cotisation de 1,70 €/ha en moyenne. C'est cette cotisation qui a permis de verser des indemnisations aux producteurs de mais en Alsace, Bourgogne et Rhône-Alpes pour compenser leurs pertes financières (rotation et traitements obligatoires) de 2009 et 2010 pour un montant total de 9 millions d'euros. En fait les professionnels n'en paient que la moitié, la caisse de solidarité étant abondée à  50 % par l'État.

Et maintenant, quelles sont les perspectives ?

D. P. » Premièrement l'AGPM s'est battue pour faire évoluer la réglementation concernant la lutte obligatoire dans les zones où Diabrotica est en train de s'installer. Le poids économique des mesures d'éradication y était devenu bien trop lourd pour les agriculteurs concernés ou pour le mécanisme de solidarité professionnel en Alsace et Rhône-alpes depuis cette année. Les agriculteurs ont donc un nouveau programme de lutte à  respecter, le confinement, plus léger que l'éradication. Son objectif étant de freiner l'installation de l'insecte, il est basé sur une rotation obligatoire avec au moins une interruption du mais sur chaque parcelle tous les 6 ans, et un traitement au semis contre Diabrotica dès trois mais successifs.
Ensuite l'AGPM se bat pour obtenir les meilleures solutions pour lutter contre Diabrotica, à  la fois pour limiter son installation mais aussi pour préparer l'avenir car le jour où la sortie de quarantaine sera acquise, il faudra que les agriculteurs aient tous les moyens pour lutter contre ce grand ennemi du mais. Au-delà  des produits phytosanitaires que nous souhaitons les plus nombreux possibles pour sortir de certaines situations de monopole, bien sûr nous défendons le principe de l'accès aux OGM. Cette solution est aujourd'hui largement répandue aux USA où elle a démontré son efficacité.
Enfin, gràce à  notre institut technique, Arvalis, nous avons accumulé de nombreuses références, en particulier en Italie où Diabrotica est installé depuis quelques années. Et toutes ces informations nous incitent désormais à  penser que l'installation de Diabrotica à  terme sur le territoire français sera supportable pour la filière, en particulier gràce aux qualités intrinsèques du mais et à  la technicité des producteurs français. Si les moyens de lutte sont accessibles, demain nous vivrons avec Diabrotica comme aujourd'hui nous le faisons avec la pyrale ou le taupin.

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