Publié le 12/10/2011 à 12h11 /

Karen Serres : « Nous devons aider les femmes à  produire plus »

// À l'occasion de la journée mondiale de la femme rurale, la présidente de la commission des agricultrices de la FNSEA plaide pour une plus grande reconnaissance de leur rôle dans un secteur économique qui ne peut se passer d'elles.

Karen Serres, présidente de la commission agricultrices de la FNSEA. © Réussir
La journée de la femme rurale a lieu le 15 octobre. Quel est le message que les agricultrices souhaitent faire passer ? Karen Serres : La journée mondiale de la femme rurale est l'occasion de souligner l'importance de la production de nourriture dans le monde. Dans les pays qui souffrent de malnutrition, 80 % de la nourriture est produite par les femmes. En outre, avec l'augmentation de la population mondiale, il faudra produire davantage. Seul l'investissement des femmes dans la production agricole permettra d'éviter la guerre alimentaire. C'est pourquoi nous devons les aider à  produire plus et dans de meilleures conditions. On ne nourrira pas l'humanité avec les hommes seuls. Ni avec les femmes seules. Mais avec les hommes et les femmes ensemble. La journée du 15 octobre n'a pas été choisie au hasard. C'est la veille de la journée mondiale dédiée à  l'alimentation et à  la lutte contre la faim. Les femmes ont-elles toute la place qu'elles seraient en droit d'exiger dans les organisations professionnelles agricoles ? K. S. : Plus d'un tiers des personnes qui travaillent dans l'agriculture sont de sexe féminin qu'il s'agisse de chefs d'exploitation ou de salariées. Ceci étant, chez les salariées, les femmes sont plus souvent des saisonnières, c'est-à -dire qu'elles sont dans une situation plus fragile. Et chez les exploitantes, elles sont à  la tête d'entreprises dont la surface est en moyenne de 40 % inférieure à  celles dirigées par des hommes. Leur poids économique est beaucoup plus faible que la part qu'elles représentent dans la population agricole. Dans les organisations professionnelles, c'est un peu la même chose. Certes, il reste du travail à  faire pour convaincre les femmes de s'investir dans des structures qui leur paraissent réservées aux hommes. Mais le plus dur est certainement de faire accepter aux hommes que les femmes peuvent accéder à  de réelles responsabilités et non pas les cantonner à  des tàches subalternes de secrétaire, de trésorière, de vice-présidente Quels sont vos combats actuels pour faire progresser les droits des femmes en agriculture ? K. S. : Mon premier combat est celui du prix de vente des produits et du revenu. Pourquoi ? Parce que dans les exploitations agricoles, la femme est souvent « la variable d'ajustement ». Celle qui va chercher du travail ailleurs pour assurer un revenu à  la famille que la vente des produits est incapable d'assurer. Sur le plan professionnel l'égalité des droits pour tous les exploitants qu'ils soient homme ou femme reste ma priorité. Il reste du chemin à  parcourir notamment pour ce qui est de la reconnaissance du travail et du rôle des agricultrices dans les EARL pour l'accès aux aides du deuxième pilier de la PAC, l'ICHN notamment. Les femmes ont également un retard à  rattraper en matière de retraite. Et il est de mon rôle de leur faire comprendre qu'elles ont intérêt à  cotiser pleinement pour obtenir une retraite correcte. Au-delà  de ces demandes, mon objectif est de donner envie à  des femmes de s'installer en agriculture et de casser le stéréotype traditionnel de la femme à  la campagne. Défendez-vous l'idée d'une certaine parité ou du moins d'une équité concernant la présence des femmes dans la représentation professionnelle, comme dans les partis politiques ? K. S. : Effectivement je suis favorable à  un renforcement de la représentation des femmes dans les organisations professionnelles agricoles. À hauteur de 30 %, ce qui correspond au poids des femmes en agriculture. Mais cette option n'est défendable que si elle est exceptionnelle et limitée dans le temps pour corriger un déséquilibre existant. Et faire émerger des leaders féminins. Passé un certain temps, cette revendication ne tient pas la route, philosophiquement parlant.

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