Publié le 04/11/2011 à 10h09 /

Les producteurs de légumes de France affichent leur amertume

// Angélique Delahaye, présidente de Légumes de France, fait le point sur les principaux dossiers en cours à  la veille du congrès qui se tiendra à  Lyon les 9 et 10 novembre prochains.

Allégement du coût du travail, indemnisation de la crise de l'E.Coli, contractualisation, réforme de la PAC Les producteurs de Légumes de France attendent des réponses concrètes des pouvoirs publics.
Vous tenez votre congrès annuel, les 9 et 10 novembre à  Lyon. Sur quels thèmes avez-vous choisi de réfléchir ?
Angélique Delahaye  » Lors de notre prochain congrès, nous avons envie de mettre en avant nos produits vis-à -vis des consommateurs. Plus exactement, notre filière fonctionne à  l'achat et pas à  la vente. Ce qui veut dire que si les producteurs ne se préoccupent pas de communiquer, tant auprès des consommateurs que de la société, sur leurs valeurs, leurs métiers et sur leurs produits, par médias et responsables politiques interposés, personne ne le fera pour eux et à  leur profit.
Nous allons également réfléchir à  notre syndicalisme et surtout sur la façon de concevoir notre défense professionnelle. J'observe qu'il y a un décalage entre le syndicalisme de nos parents et les attentes des entreprises aujourd'hui. On ne peut pas faire du syndicalisme comme avant. C'est le moment de se poser les questions pertinentes pour les dix ans qui viennent et de répondre aux problématiques des entreprises qui emploient beaucoup de main-d'oeuvre et pour lesquelles le coût du travail est une charge incompressible.
Précisément, considérez-vous que l'allégement du coût du travail d'un euro sur un salarié payé au Smic est suffisant pour rétablir la compétitivité des entreprises légumières ?
A. D. » La mécanique qui se met en place bénéficiera très peu à  la filière légumière. Dans notre secteur, nous avons très peu de salariés au Smic. Au moins 50 % d'entre eux se situent entre 1,2 et 1,4 voire entre 1,3 et 1,4 Smic. Ce qui signifie qu'avec la dégressivité  annoncée entre 1,1 et 1,4 Smic, il ne restera pas grand-chose. Cela s'explique par les conventions collectives dans notre secteur et aussi par le fait que la plupart des salariés étant restés aux 39 heures, les heures entre 35 et 39 sont majorées de 25 %. Cette annonce d'un allégement d'un euro est une vraie désillusion pour les producteurs de légumes.
Vous avez manifesté à  Paris le 23 septembre pour déplorer l'insuffisance du plan de soutien du ministre de l'agriculture.  Y a-t-il eu des avancées depuis ?
A. D. » Je suis bien obligée de dire que rien n'a bougé. Et nous sommes d'autant plus en colère que l'engagement du ministre de l'agriculture d'une « indemnisation à  l'euro près » de la crise de l'Escherichia Coli est resté lettre morte. Comme si les promesses n'engageaient que ceux qui les écoutent. De plus, la répartition de l'enveloppe communautaire n'est pas équitable. La France est beaucoup plus pénalisée par exemple que la Pologne. Simplement parce qu'elle a moins jeté de concombres et de tomates, qu'elle a essayé de les valoriser au mieux et que les bases d'indemnisation ont été établies sur des prix moyens européens qui ne correspondent pas à  la situation française. Pour nous, il est du devoir de l'État français de compenser les pertes, quitte à  en demander l'autorisation à  Bruxelles. Pour l'instant nous n'avons pas de réponse. Le ministre devra s'expliquer là -dessus à  notre congrès.
Allez-vous l'interpeller sur d'autres dossiers ?
A. D. » Le ministre de l'agriculture sera interrogé sur la loi de modernisation agricole et la contractualisation. À Légumes de France, on a cru que la contractualisation était une voie possible pour sécuriser le revenu des producteurs. Au vu des décrets qui ont été signés, elle est inapplicable. Ce dispositif a été conçu pour les producteurs de lait pour lesquels il y a un goulet d'étranglement.  Ce qui n'est pas le cas des légumes. J'ajoute que la contractualisation ne s'applique qu'entre le producteur et son premier acheteur et non à  toute la filière, ce qui place celui-ci dans une situation intenable.
Par ailleurs, la loi de modernisation agricole a supprimé les ristournes mais certains les rhabillent en fausse coopération commerciale Il est urgent et indispensable que le Gouvernement et ses services sanctionnent ceux-là  sévèrement.
Comment avez-vous accueilli les propositions de Dacian Ciolos sur la réforme de la PAC ?
A. D. » Tout d'abord, il faut souligner le grand écart de la Commission européenne entre soutien à  une agriculture « verdie » et ouverture sans limites du marché européen aux productions des pays tiers. Ce qui se passe avec le Maroc est scandaleux ! Pourquoi importer des tomates et épuiser leur réserve d'eau ? Pour produire 1 kg de tomate, il faut 100 litres d'eau au Maroc et 12 en France.
Quant aux propositions de la Commission, il faudra les juger dans les détails, mais la production de légumes doit y être pleinement prise en compte en particulier dans les mesures de gestion des risques, d'aide à  la modernisation ou encore les mesures agro-environnementales qui doivent pouvoir concerner tous les producteurs.
Et sur l'organisation des marchés et la gestion des crises ?
A. D. » Notre secteur  bénéficie de dispositions spécifiques dans l'OCM unique. Il faut certainement conserver ces dispositions d'appui à  l'organisation des producteurs sur le marché. Il faudra les compléter par une adaptation du droit de la concurrence pour permettre une meilleure organisation entre OP et productions indépendants.
Quant à  la gestion des crises, les retraits ont été quasiment abandonnés lors des dernières réformes de l'OCM et les dispositifs actuels basés sur un prix de retrait européen nous sont très défavorables.  Ainsi, la France a pu bénéficier de retraits liés à  E.Coli pour à  peine plus d'un million d'Euros alors que la Pologne a raflé la mise avec 46 millions d'Euros. Il nous faut donc un dispositif plus équitable et beaucoup plus réactif.

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