Publié le 16/12/2011 à 15h10 /

Pascal Ferey : «Â le gouvernement ne veut plus d'irrigation »

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Contrairement aux engagements du Président de la République, en juin dernier, le gouvernement a décidé de limiter considérablement le développement des capacités de stockage. Quant à  la redevance sur les prélèvements, le projet de loi de finances 2012 prévoit de l'augmenter significativement. Pascal Ferey, président de la commission environnement de la FNSEA sur la problématique de l'eau, revient sur cette actualité.

La FNSEA est très mobilisée sur les dispositions « eau » du projet de loi de Finances pour 2012, qui pourraient impacter fortement les exploitations agricoles. Qu'est-ce qui vous préoccupe ?

Pascal Ferey : Le gouvernement souhaite augmenter significativement la redevance pour prélèvement d'eau qui va renchérir le coût de l'irrigation. Aujourd'hui, dans certaines zones ou pour certains types d'irrigation (gravitaire en particulier), les agences de l'eau ont retenu des taux très bas de redevance. Ces taux sont remis en cause par le gouvernement, au mépris de la prise en compte élémentaire des spécificités locales des territoires. D'autre part, le stockage de l'eau fait à  l'heure actuelle partie des priorités d'intervention des Agences de l'eau, qui peuvent donc y consacrer des financements. Le gouvernement a proposé de changer les textes pour que le stockage ne soit plus une priorité pour la période 2013-2018. C'est dramatique !

Le Président de la République avait, pourtant, fait des annonces ambitieuses en juin dernier, qu'en est-il ?

P. F. : En pleine sécheresse, le Président de la République Nicolas Sarkozy a pris toute la mesure des difficultés rencontrées en particulier par les éleveurs, qui manquaient cruellement de fourrage pour nourrir leurs animaux. Il a en conséquence annoncé des mesures ambitieuses pour pallier au manque d'eau, et notamment pour mobiliser la ressource et développer le stockage. Mais ces annonces semblent aujourd'hui remises en cause par le gouvernement : non seulement la redevance serait augmentée et le stockage ne serait plus une priorité, mais le plan annoncé par les ministres de l'Écologie et de l'Agriculture pour concrétiser les annonces présidentielles n'est pas à  la hauteur des enjeux ! Le volet concernant la réalisation de retenues ne représente que 10 % des besoins en stockage. En cas de nouvelle sécheresse, cela n'aura que peu d'effets C'est particulièrement inquiétant lorsqu'on entend les météorologues qui tirent la sonnette d'alarme et annoncent des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.

Quelles actions menez-vous pour faire évoluer la situation ?

P. F. : Les amendements au projet de loi de finances ont été introduits par le gouvernement. La FNSEA, avec l'APCA et JA, a donc écrit au Premier ministre pour lui rappeler les engagements pris par le Président de la République et lui demander de supprimer les deux dispositions problématiques. Nous resterons évidemment très vigilants au cours du débat parlementaire, pour éviter toute disposition néfaste pour les exploitations agricoles. Nous devons, sans cesse, rappeler des éléments pourtant fondamentaux mais qui semblent parfois oubliés : l'eau est une ressource très précieuse pour les agriculteurs ; sans eau, pas de production agricole, et sans production agricole pas de nourriture. L'irrigation, si souvent décriée, est un moyen de sécuriser les productions en qualité et en quantité, malgré les aléas climatiques. Au-delà  du secteur de la production primaire, c'est toutes les entreprises d'amont et d'aval qui sont concernées, avec évidemment des conséquences sur l'emploi et sur l'équilibre des zones rurales. N'oublions pas que l'agriculture et l'agroalimentaire sont des secteurs économiques stratégiques pour notre pays.

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