Publié le 13/04/2012 à 14h36 /

Bilan mitigé des biocarburants de première génération

// Les biocarburants de première génération n'ont pas répondu aux attentes qu'on avait placé en eux aussi bien sur le plan de leur efficacité énergétique, de leur contribution à  la réduction des émissions de gaz à  effet de serre et de leur impact sur les prix des matières premières agricoles, estime L'INRA. Mais l'arrivée des carburants de deuxième génération permettra de répondre à  la plupart des arguments avancés contre eux, qu'il s'agisse des bilans énergétiques et environnementaux ou de la concurrence entre débouchés alimentaires et non alimentaires.

Au coeur des débats politiques internationaux sur le changement climatique et la sécurité énergétique, les biocarburants ou agrocarburants sont apparus comme une alternative séduisante, après les différents chocs pétroliers des années 1970 et1980. Ils pouvaient remplacer les énergies fossiles tout en émettant moins de gaz à  effet de serre. Vingt ans après leur lancement à  grande échelle, L'INRA dresse un bilan mitigé dans sa revue Sciences sociales de mars 2012, à  partir des études qui ont été réalisées un peu partout dans le monde. D'abord sur le plan énergétique. Le bilan est extrêmement variable selon le type d'agrocarburant, la localisation géographique et les technologies utilisées, estime l'INRA. Le rapport entre l'énergie utilisée et l'énergie fournie est compris entre un et quatre (1) pour le biodiesel produit à  partir de tournesol, de colza ou de soja. Il est inférieur à  deux pour le bioéthanol produit à  partir du mais et compris entre 2 et 8 pour le bioéthanol issu de la canne à  sucre. Ce bilan très favorable s'explique par l'utilisation de la bagasse, sous-produit de la canne dans la production d'éthanol. L'oubli des coproduits En Europe, c'est la betterave à  sucre qui permet d'obtenir les meilleurs rendements pour la production d'éthanol. Mais, note l'INRA la «controverse est renforcée par le fait que les coproduits issus de la production de biocarburants ne sont pas toujours intégrés dans les analyses». Alors «que ces coproduits sont pourtant une composante importante du bilan économique et énergétique des agrocarburants.» Le bilan environnemental est encore plus discuté. Les premiers bilans en termes d'émissions de gaz à  effet de serre (GES) étaient relativement favorables jusqu'à  ce que des chercheurs introduisent le changement d'affectation des terres pour la production de biocarburants. Il a été ainsi démontré que l'écart entre le bilan GES des agrocarburants de première génération et celui des carburants fossiles est significativement réduit. En outre, et comme il est dit plus haut, la valorisation des coproduits n'est généralement pas prise en compte dans le bilan final. De nombreuses interrogations Mais d'une manière plus générale, le bilan environnemental des agrocarburants «est également questionné». Par rapport aux engrais, aux pesticides et à  l'eau qui sont utilisés pour leur production notamment. «Le prélèvement en eau des agrocarburants représente actuellement 2% des prélèvements d'eau d'irrigation au niveau mondial» note l'auteur. D'autres études vont plus loin en mettant en avant l'effet négatif du développement de la production de biocarburants sur la biodiversité agricole et des espèces sauvages. Les bilans énergétiques et de GES des agrocarburants se révélant mitigés, certains s'interrogent sur le coût des politiques publiques de soutien à  ces filières. En effet, les agrocarburants ne sont pas encore suffisamment compétitifs pour pouvoir concurrencer les carburants fossiles. Ainsi le montant estimé des subventions accordées s'élevait, en 2006, à  6 à  7 milliards d'euros aux États-Unis (soit 40 à  46% des subventions agricoles directes) et à  près de 5milliards pour l'Union européenne (soit 11,5% des dépenses agricoles de la PAC) selon une étude de la FAO. Concurrence alimentaire Enfin, dernière critique apparue avec les émeutes de la faim en 2008, les biocarburants accroîtraient les tensions sur les marchés alimentaires en créant une nouvelle demande de produits agricoles particulièrement forte pour le mais, le sucre et les oléagineux. En 2007 par exemple, le secteur des agrocarburants a absorbé 5% de la production mondiale de céréales, 10% de celle de canne à  sucre et 9% de celle des oléagineux. Aux États-Unis, 30% de la production de mais a été destinée à  la fabrication d'éthanol, tandis que le Brésil utilisait 50% de sa production de canne à  sucre pour ses agrocarburants. Dans l'Union européenne, 60% de la production de colza a été transformée en biodiesel, note l'étude de l'INRA. «Ainsi, sans augmentation significative de l'offre, la demande de matières premières agricoles à  des fins énergétiques ne peut que tirer vers le haut les prix mondiaux de produits agricoles et alimentaires, rendant leur accès plus difficile pour les populations les plus pauvres en général et pour les pays importateurs nets en particulier», explique l'auteur. Marchés des matières premières Le rapport souligne également l'impact «potentiel» des biocarburants sur la volatilité des prix et le renforcement du lien entre marchés agricoles et marchés énergétiques. Ainsi à  la suite de la crise économique de 2009 et du recul du prix de l'énergie, l'expansion des biocarburants dans le monde a été ralentie. Un phénomène inverse est aujourd'hui observé avec l'augmentation du prix du pétrole. Autrement dit, précise l'auteur, «le développement des agrocarburants contribue à  transmettre l'instabilité du prix de l'énergie à  ceux des matières premières agricoles».

1 - Lorsque le rapport entre l'énergie produite et l'énergie utilisée est égal à  un, le bilan énergétique est neutre. Il devient favorable quand le rapport est supérieur à  un.
Les États-Unis et le Brésil en têteLes deux principaux producteurs mondiaux d'agrocarburants (bioéthanol et biodiesel) sont aujourd'hui les États-Unis et le Brésil qui contrôlent respectivement 46% et 29% de l'offre mondiale. L'Union européenne, (principalement l'Allemagne, la France et l'Espagne) arrive loin derrière avec 15% des volumes totaux, devant l'Asie (4% essentiellement en Chine et en Thailande) et plus marginalement le Canada et quelques autres pays. Les États-Unis et le Brésil produisent principalement du bioéthanol, essentiellement de mais pour le premier et de canne à  sucre pour le second. L'Europe est davantage orientée vers la production de biodiesel à  partir d'huiles de colza et de tournesol avec 57% de l'offre mondiale. La France est le second producteur mondial de biodiesel (12%) derrière l'Allemagne, mais elle devance les États-Unis (11 %).

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