Publié le 03/08/2012 à 14h48 /

Flambée des céréales, le retour

// Les cours du blé tendre à  Rouen ont gagné 17€ sur la deuxième semaine de juillet, à  249€/t, et ceux du mais rendu Bordeaux 20€ à  228€/t. Cette hausse soudaine des cours des grandes cultures est liée aux inquiétudes climatiques sur les principales zones de production.

De la Mer Noire aux USA, la sécheresse a fortement réduit le potentiel de la prochaine récolte de céréales, ce qui inquiète les marchés.
Au mois de juin2012, les prix des principales céréales sont, en moyenne, supérieurs de 25% pour le blé et 24% pour le mais à  ceux de juin2007, début des émeutes de la faim. Cependant, contrairement à  2007-2008, les stocks mondiaux de céréales sont plus confortables en fin de campagne 2011-2012. «Les niveaux de stocks ne sont pas inquiétants, mais l'on observe des tensions croissantes sur les marchés», affirme Rémi Haquin, président du conseil spécialisé des céréales de FranceAgriMer. Avec 40% du mais mondial produit aux États-Unis, la sécheresse touchant actuellement le pays provoque une flambée des cours. Sur le marché français, la graine a ainsi gagné 20€/t sur la dernière semaine. «Le mais est à  nouveau l'élément directeur des marchés agricoles», déclare Xavier Rousselin, responsable de l'unité marché des grandes cultures chez FranceAgriMer. Le département américain à  l'Agriculture (USDA) vient d'ailleurs de revoir, le 11 juillet, la production nationale de mais à  la baisse de 46 Mt par rapport aux estimations du mois dernier. De quoi relancer encore la hausse des prix. Le rôle des stocks avait été déterminant en 2007-2008 dans la hausse rapide des matières premières agricoles. Les réserves s'établissaient alors à  moins de 250 Mt, toutes céréales confondues. Au contraire, en cette fin de campagne 2011-2012, le stock est estimé à  369 Mt. Un tampon qui permet une augmentation moins brutale des cours. En effet, si la hausse des grandes cultures s'est produite entre juin et septembre au début de la campagne 2007-2008, une nouvelle récolte déficitaire mettant le feu aux poudres, l'actuelle flambée a commencé dès janvier2012. Hausse moins brutale qu'en 2007-2008 Ce sont d'abord les épisodes de gel en Europe qui ont amoindri les perspectives concernant les cultures d'hiver. En France, les surfaces détruites par le gel ont cependant été réduites au cours de la saison et de bons rendements permettraient de compenser les pertes, souligne Xavier Rousselin. Puis, les déficits hydriques ont alimenté les inquiétudes. La sécheresse a d'abord touché l'Europe de l'ouest jusqu'au mois d'avril, et, depuis plusieurs semaines, les États-Unis et la mer Noire. Les mais, en pleine floraison aux États-Unis, et les céréales à  pailles en Russie et en Ukraine voient ainsi leurs potentiels de rendements abaissés, ce qui inquiète les marchés. De plus, la forte hausse des cours des grandes cultures a tendance à  ralentir le commerce mondial sur ces produits. Certains experts émettent même l'hypothèse d'un blocage ou d'un report des achats de certains pays importateurs. Un ralentissement de la croissance économique des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud) pourrait aussi réduire l'augmentation du niveau de vie dans ces zones et donc la hausse de leur demande en céréales destinées à  l'alimentation animale. Mouvements spéculatifs Rémi Haquin reconnaît d'ailleurs que le marché est plutôt «attentiste» à  l'heure actuelle. Une tendance fréquente à  la veille de l'arrivée des nouvelles récoltes sur les marchés de l'hémisphère nord. Parallèlement, l'activité atteint des niveaux très élevés sur les marchés à  terme. Des opérations plutôt réalisées sur les contrats à  terme, plus spéculatifs et issus de perceptions sur l'évolution des marchés, que sur les options, servant d'assurances aux opérateurs physiques. Ainsi, sur le NYSE Liffe, marché à  terme européen des matières premières, le nombre de positions ouvertes sur les contrats à  terme en blé meunier a atteint un record, à  250,572, sur la dernière semaine de juin. Entre une activité limitée sur les marchés physiques, mais record sur les marchés à  terme, la spéculation pourrait à  nouveau être impliquée dans la flambée des cours en agriculture.

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