Publié le 16/11/2012 à 09h49 /

Filière porc : la crainte d'un scénario à  la mode Doux

// Un plan stratégique pour l'avenir de la filière porcine sera finalisé fin janvier 2013. Telle est la conclusion d'une rencontre entre les ministres de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Stéphane Le Foll et Guillaume Garot, et les acteurs de la filière, le 30 octobre à  Paris.

Baisse des revenus des agriculteurs, surcapacité des abattoirs, levée de bouclier de la société civile et des environnementalistes : la filière porcine française est en crise. © Réussir
Est-on à  la veille d'une nouvelle casse industrielle dans le secteur porcin, comme dans la volaille? Les pouvoirs publics semblent le redouter. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, et Guillaume Garot, ministre délégué à  l'Agroalimentaire ont annoncé le lancement d'un nouveau plan stratégique qui devrait être finalisé d'ici janvier2013. L'annonce en a été faite le 30 octobre à  l'issue de la réunion qui a associé les représentants de la filière porcine. Il y a en effet urgence. Alors qu'elle s'était stabilisée depuis 15 ans, la production porcine devrait diminuer de 3% en 2012 et la tendance devrait s'accélérer l'an prochain. Les professionnels évoquent un chiffre de 5 à  6%. D'où des surcapacités d'abattage, notamment dans l'ouest de la France qui pourraient se traduire peu ou prou par des fermetures de sites dans les mois qui viennent. Un diagnostic partagé par les professionnels qu'ils expliquent par différentes causes. Trop de contraintes Coté production, les éleveurs se plaignent de l'accumulation des contraintes réglementaires et environnementales auxquelles ils doivent faire face et qui bloquent tous les projets d'investissements. «Nous avons besoin de stabilité réglementaire», a insisté Jean-Michel Serres. Le président de la Fédération nationale porcine (FNP) reproche aux pouvoirs publics d'en rajouter en permanence. Sans parler des difficultés devant lesquelles se trouve la filière toute entière de répercuter l'augmentation des coûts de production. Si le syndicaliste donne quitus aux pouvoirs publics de leur soutien à  la mise aux normes des bàtiments d'élevage (5 millions de plus ont été débloqués récemment), il souligne qu'elle se réalise a minima, sans modernisation des équipements. Coût de la main d'oeuvre Coté entreprise, les abatteurs souffrent des distorsions de concurrence sur le coût de la main-d'oeuvre. Notamment avec l'Allemagne. Si la question est soulevée depuis longtemps, leur situation financière se dégrade chaque jour davantage quand les abattoirs tournent à  60% de leur capacité. Sans parler de la transformation, désormais fragilisée dans ses relations avec la grande distribution. Pour préparer son plan stratégique, le gouvernement a décidé de créer quatre groupes de travail, sur la production, l'abattage et la découpe, la transformation et les stratégies marketing pour reconquérir le marché intérieur et développer l'export notamment vers les pays tiers. Le pilotage des travaux a été confié à  Alain Berger, le délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à  l'agro-industrie qui devra présenter son plan pour la fin du mois de janvier. Scepticisme «Tous les sujets importants ont été évoqués, on attend maintenant des décisions», a déclaré Jean-Michel Serres à  l'issue de la réunion. Tout en se montrant sceptique sur certaines orientations que pourrait prendre le gouvernement. La FNP n'est pas sûre d'être entendue sur l'environnement et sur la façon dont le ministère de l'Agriculture entend concilier l'écologie et l'économie en production porcine. Les relations avec la grande distribution sont renvoyées à  la table ronde qui réunira l'ensemble des filières agricoles et les grandes enseignes, le 21 novembre prochain. Quant à  la question lancinante de la compétitivité (lire également ci-dessous), la réponse viendra, peut-être, des suites que donnera le Premier ministre au rapport de Louis Gallois. Diagnostic communCela fait plus de cinq années que la filière porcine traverse une crise aux symptômes de plus en plus menaçants: baisse du revenu agricole, surcapacité des abattoirs, surenchère des démarches exigées par l'administration Le diagnostic est admis par les professionnels de tous bords: un manque de compétitivité, des coûts de production toujours trop élevés et des prix non rémunérateurs pour les éleveurs.Coût de la main d'oeuvre
Au niveau de l'abattage, la filière française perd en compétitivité avec le coût de la main-d'oeuvre. «En France, le coût de la main-d'oeuvre est de 22 euros par heure, contre 12 euros en Allemagne», expliquait Paul Rouche, directeur délégué du Sniv-SNCP (entreprises françaises des viandes) le 30 octobre. Mais d'après les pouvoirs publics français, la directive européenne du détachement de travailleurs d'Europe de l'Est devrait être réexaminée prochainement par le Parlement européen.L'abattage en difficulté
«En sortie d'élevage, nous sommes compétitifs. Mais en sortie d'abattoirs, nous ne le sommes plus»
, analyse Jean-Michel Serres, le président de la Fédération nationale porcine (FNP). Un constat qui vient directement du manque de production pour approvisionner les abattoirs. Pour faire face à  la surcapacité des abattoirs, la fermeture d'un certain nombre d'entre eux est une stratégie envisagée. C'est en tout cas ce qui a été évoqué au cours de la rencontre du 30 octobre. «Il vaut mieux anticiper plutôt que de voir des fermetures dans le sang et les larmes», ajoute Jean-Michel Serres. Cela devra passer par un accompagnement des reclassements industriels. «Les deux ministres veulent anticiper les difficultés, les opportunités et les évolutions nécessaires d'une filière stratégique pour notre agriculture et nos filières agroalimentaires», lit-on dans un communiqué de presse final du ministère de l'Agriculture.

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