Publié le 18/01/2013 à 14h22 /

L'idyle entre mais et géographie

// Sylvie Brunel en est convaincue: «La géographie est amoureuse du mais». C'est d'ailleurs le titre de l'ouvrage qu'elle a publié en octobre dernier et qu'elle est venue commenter le mercredi 9 janvier à  Morcenx (Landes), à  l'attention des agriculteurs de l'Usarf (Union de syndicats des agriculteurs de la région forestière). Géographe et professeur à  la Sorbonne, elle prend résolument la défense de cette plante accusée — en France — tous les maux.

Sylvie Brunel, géographe et professeur à  la Sorbonne, considère que la mais, de part son adaptabilité et sa polyvalence, est à  la fois à  l'origine mais aussi l'avenir du Monde. © Le Sillon
Amélioration génétique aidant, la téosinte originelle a grandi et conquis le monde: le mais est aujourd'hui omniprésent — et adoré! — sur les cinq continents. De par ses origines lointaines — elle est cultivée depuis 7000 ans! —, on peut considérer qu'il est «à  l'origine du monde». Les civilisations précolombiennes l'avaient hissé au rang de divinité. Plante des dieux mayas et aztèques, elle est devenue au fil du temps, «plante des gueux» et véritable aliment «antifamine» en Afrique ou Amérique latine et même en Europe au XVIIIe siècle où Parmentier et Mendel contribuèrent à  son développement. Le mais est devenu ensuite «plante de boeufs»: l'alimentation animale est aujourd'hui son principal débouché. Mais aussi «plante de pneu» — allusion aux bioéthanols — et même «plante de cieux», de par ses capacités à  pousser très rapidement sans épuiser les sols, fournir une quantité très importante de matière végétale et enrichir l'atmosphère en oxygène. Fonctions polyvalentes Les parcelles de mais constituent également pour la faune et la flore un espace refuge au coeur de l'été: les milliers de grues cendrées de la réserve nationale d'Arjuzanx en sont d'ailleurs une éclatante preuve. De même, l'histoire montre qu'elles ont aussi servi de pare-feu efficace lors de dramatiques incendies. Enfin, gràce à  son exceptionnelle adaptabilité et sa polyvalence, cette culture est devenue la première au monde, pesant davantage que le blé et le riz réunis. Et elle aura constitué l'un des éléments fondateurs de la puissance économique des États-Unis d'Amérique avec sa fameuse Corn belt Répondre à  la demande Alors, dans notre cher Hexagone, pourquoi tant de haine? Le mais inspire en effet méfiance auprès des urbains ou néoruraux. Une certaine intelligentsia parisianiste boboisée en a même fait l'un des symboles de sa lutte contre l'agriculture productiviste, les OGM, l'irrigation, la mondialisation Effectivement, constate Sylvie Brunel, le mais est «la plante de la mondialisation par excellence. Elle accompagne l'urbanisation galopante des pays émergents et la mutation de leur économie». Elle répond à  la demande des consommateurs en aliments modernes, variés, de qualité Quant à  l'irrigation, nul ne songerait à  remettre en cause les pratiques culturales du blé ou du riz, du colza ou de la pomme de terre, pourtant plus exigeantes en eau. Sylvie Brunel — qui a travaillé pendant dix-sept ans dans l'humanitaire — estime quant à  elle que «l'irrigation, c'est l'assurance de ne pas mourir de faim!» Étranger et diabolisé Si le mais est victime d'un tel rejet, c'est sûrement parce qu'il vient d'ailleurs. Comme nombre d'autres observateurs, la géographe rappelle que nous, judéo-chrétiens, sommes la civilisation du blé. Les Asiatiques, celle du riz. Et le mais, celle des Aztèques. Elle a donc toujours été considérée comme l'étrangère, baptisée en d'autres temps: «froment de Turquie» ou de «blé d'Inde». À l'heure où l'humanité regarde vers l'horizon 2050 et ses 9 milliards de bouches à  nourrir, Sylvie Brunel considère au contraire que le mais est véritablement «la plante de l'avenir». Il est en mesure de répondre aux cinq fameux «F» qui symbolisent les cinq défis majeurs de demain. F comme: food (nourriture), feed (fourrage), forest (forêt), fiber (fibre) et fuel (énergie). Guy Mimbielle«Géographie amoureuse du mais»de Sylvie Brunel, aux éditions J.-C. Lattès 250 pages - 18 euros

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