Publié le 07/05/2013 à 08h32 /

Un plan de sauvetage pour le hors-sol

// Les 15 et 18 avril derniers, la filière porc et la filière avicole ont présenté les résultats de travaux initiés, il y a plusieurs mois, par l'ensemble acteurs de la filière pour sauver l'élevage hors-sol en France. L'optimisme des pouvoirs publics se transforme en scepticisme chez les professionnels.

L'élevage hors-sol a deux plans d'avenir : les 15 et 18 avril, les professionnels de la filière porcine puis avicole ont présenté aux ministres Stéphane Le Foll et Guillaume Garot le résultat des travaux engagés, orchestrés par Alain Berger, délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à  l'agro-industrie. La mesure la plus concrète de ce travail engage la filière vers un agrandissement des élevages. Elle propose notamment, pour ce faire, un allégement de la réglementation installation classée pour l'environnement (ICPE) en élevage porcin. « Le Premier Ministre a confié à  Delphine Batho le soin de mener les négociations pour évoluer dans le sens d'une simplification », explique Stéphane Le Foll. Objectif : passer à  un régime d'enregistrement pour des exploitations d'une taille inférieure aux seuils européens, soit 750 places de truies et/ou 2.000 places de porcs à  l'engraissement. Ce qui permettrait d'engager la filière vers un agrandissement des élevages. Auparavant, ces exploitations étaient soumises à  un régime dit d'autorisation plus contraignant et impliquant une enquête publique ainsi que des démarches très longues. « Le délai de prise de décision devrait ainsi pouvoir être réduit à  5 mois », lit-on dans le rapport. Cependant, la tendance actuelle fait tendre le modèle français d'élevage porcin vers 215 truies et 1.720 places d'engraissement en 2020, selon les travaux de l'IFIP (Institut technique du porc). « Une démarche volontariste devrait viser 300 truies, avec 20 % des porcs engraissés en dehors de l'exploitation, de façon à  rester sous le seuil européen de 2000 places de porcs », préconise le plan. En élevage avicole, l'accroissement de la taille des bàtiments attendue est de 1600 à  5000 m2 en moyenne. Préserver l'environnement
La modernisation et l'agrandissement des élevages doivent aussi leur permettre d'assumer les coûts des installations de traitement des déchets azotés. Ceux-ci sont élevés : selon Alain Berger, « cette démarche devra être accompagnée d'un dialogue étroit et constructif avec les ONG environnementales ». Le dialogue n'est jamais facile. Déjà  France Nature Environnement s'étonne de la probable évolution de la réglementation ICPE, alors que l'État a été condamné le 16 avril sur la carence dans l'application de cette réglementation et ses conséquences dans la lutte contre les algues vertes. « Les élevages porcins devront aussi s'engager dans une mutation écologique », soutient S. Le Foll. Les modèles de grands élevages modernisés pourraient assumer la mise en place d'installations qui permettent des réductions initiales d'émissions d'azote. Le ministre précise, en outre, que le plan EMAA (énergie, méthanisation, autonomie, azote) devrait encourager cette mutation. Un fonds de 10 millions d'euros est consacré à  un appel à  projets sur la gestion collective de l'azote. Autre sujet, la question industrielle, pas facilitée par l'inadaptation des relations commerciales au nouveau contexte concernant les abattoirs. Les relations commerciales entre transformateurs et distributeurs devront prendre en compte les coûts de production des transformateurs. La création d'indicateurs des principales pièces de découpe est urgente car le prix des pièces détermine ces coûts de production. La FICT (Fédération française des industriels charcutiers traiteurs) s'est engagée sur une base volontaire à  fournir les coûts d'approvisionnement. FranceAgriMer a aussi la charge d'établir « un indicateur d'évolution des prix des différentes pièces ». Un outil d'autant plus nécessaire que des modifications de la Loi de modernisation de l'économie seront apportées dans le cadre de la LME du mois de juin prochain. Une clause obligatoire permettant de prendre en compte les fortes variations de coûts des matières premières agricoles et alimentaires sera intégrée. « Ce sera obligatoire et surveillé par l'autorité de la concurrence », ajoute le ministre. Pour le SNIV-SNCP (entreprises françaises des viandes), le problème principal, c'est que « le commerce ne fonctionne pas comme ça ». Même s'il y a renégociation, aucune loi ne peut obliger à  faire évoluer les prix. Revoir la stratégie de production
Pour la filière avicole, un phénomène supplémentaire vient la fragiliser : « La perspective de l'arrêt des restitutions nécessite une adaptation pour maintenir les flux du grand export ». L'idée est d'adopter une stratégie offensive et non pas de subir. Des projets concrets émergent comme par exemple la construction d'usines pour développer la charcuterie de volailles sur les marchés grand export. « Nous devrons trouver des entreprises prêtes à  s'engager », poursuivent les pouvoirs publics. Pour le SNIV-SNCP, en filière porcine, la stratégie à  l'export est déterminante pour la compétitivité de la filière. « En France, nous devons simplifier la tàche des entreprises. Nous avons trop d'interlocuteurs, c'est lourd. Dans d'autres pays européens, les entreprises ne traitent qu'avec un représentant des pouvoirs publics ». Ce qui est proposé dans le plan, c'est donc un « partenariat plus étroit entre les professionnels et les services de l'État ». En filière avicole, l'idée est de reconquérir le marché du standard largement investi par l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique. Concrètement, il pourrait s'agir aussi d'usines de production standard. Les pouvoirs publics ajoutent que les démarches de qualité resteront un pilier de la filière française.

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