Publié le 29/11/2013 à 15h33 /

Le cochon européen en danger

// Les experts de la filière porcine du bassin nord-européen ont révélé leurs inquiétudes face à  la montée des attentes sociétales en termes d'environnement et de bien-être animal lors d'une conférence organisée par l'IFIP (institut technique du porc) à  Rennes, le 14 novembre dernier.

Les professionnels de la filière porcine européenne tentent de valoriser les efforts réalisés sur les questions de bien-être animal. Par exemple, au Pays-Bas, des journées portes ouvertes sont organisées dans les élevages. © Réussir
Au Danemark, les élevages naisseurs ne peuvent plus s'agrandir. La production augmente plus vite que la capacité autorisée», a expliqué Finn Udesen, chef du département à  Danish Agriculture and Food Council (organisation professionnelle des filières agricoles et agroalimentaires danoises). Depuis plusieurs années, le modèle danois s'est spécialisé dans les élevages naisseurs. «17 millions de porcelets sont exportés chaque année depuis le Danemark vers l'Allemagne. Je vous laisse imaginer le nombre de camions», ajoute Christine Roguet, économiste à  l'IFIP. L'Allemagne, pour sa part, s'est spécialisée dans l'engraissement. Le modèle a fonctionné pendant plusieurs décennies. Ainsi, quand le Danemark développait ses élevages naisseurs, l'Allemagne augmentait sa capacité d'abattage. Depuis 2000, 15 millions de porcs supplémentaires sont abattus sur le territoire allemand (pour un total de 51,7 millions en 2011), soit l'équivalent de la production bretonne. Les efforts de la filière sont valorisés «Il y a un problème évident de pollution liée au surplus d'excédents azotés, constate Ludwig Theuysen, docteur au département d'économie agricole et du développement rural à  l'université de Gà¶ttingen. Les pouvoirs publics allemands essaient de soutenir les élevages petits et moins intensifs et de désavantager les élevages grands et intensifs». Les pouvoirs publics veulent agir, et ce ne sont pas les seuls. Les professionnels de la filière tentent également de valoriser les efforts réalisés sur les questions de bien-être animal. Il existe ainsi un label «bien-être animal». L'économiste allemand explique qu'il y a de plus en plus de coopération entre les professionnels et les associations de protection de l'environnement: «Ils préfèrent s'allier plutôt que de lutter les uns contre les autres». Les experts européens sont unanimes sur cette question: le dialogue sera essentiel pour l'avenir de la filière porcine en Europe. Opération transparence Aux Pays-Bas, des journées portes ouvertes sont organisées dans les élevages. «Des fenêtres ont été installées dans les élevages pour que les visiteurs puissent voir à  l'intérieur des bàtiments, illustre le néerlandais Robert Hoste. Une newsletter est envoyée tous les mois pour informer les populations voisines de la conduite des élevages». Face à  la montée en puissance des attentes sociétales, le travail collectif et le dialogue ne figurent pas toujours dans la stratégie adoptée. Au Danemark, «Danish Crown (première coopérative danoise d'abattage de porcs) pourrait être un peu plus ouverte, mais ne se manifeste pas des masses», déplore Finn Udesen. Le groupe a déjà  délocalisé une partie de ses abattoirs en Allemagne où la compétitivité des outils d'abattage est entretenue par l'embauche de travailleurs détachés à  bas salaire. Il se pourrait que même cette pratique dénoncée par le Collectif antidumping social en Europe et examinée par la Commission européenne, ne suffise plus à  certains industriels du bassin nord-européen. Délocalisation de la production Encore minoritaire, l'exemple cité par Ludwig Theuvsen est révélateur du modèle soutenu par certains. «Un gros abatteur allemand a investi 60 millions d'euros en Russie où les contraintes sont encore moins restrictives», évoque l'économiste allemand. Les regards se tournent à  l'est. En janvier 2013 déjà , Tà¶nnies, premier abatteur allemand de porcs, annonçait la construction d'un site d'abattage en Russie pour un montant de 200 millions d'euros. L'industrie n'est pas la seule à  être «délocalisable». Tà¶nnies l'a compris: selon l'IFIP, le groupe possède déjà  cinq élevages (2500 truies) dans la région de Belgorod dans le sud de la Russie. L'objectif est d'en construire d'autres pour un objectif de 650.000 porcs par an. «Aux Pays-Bas, face aux coûts sociétaux supportés par les seuls éleveurs, nombre d'entre eux ont mis la clé sous la porte», rappelle Robert Hoste.

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