Publié le 06/12/2013 à 14h00 /

La tension monte entre les producteurs de lait et les entreprises

// Alors que le marché est très porteur pour le lait en 2013, les éleveurs accusent les transformateurs de s'accaparer la valeur ajoutée en ne respectant pas les contrats.

Les industriels laitiers, comme Danone ou encore Lactalis, sont dans le collimateur des éleveurs. Selon la FNPL, les entreprises sont « dans le déni face à  un marché mondial très porteur et aux hausses des tarifs consenties par la distribution ». © Réus
Lundi 18novembre, les organisations de producteurs livrant leur lait à  Danone ont reproché à  leur laiterie de ne pas s'être présentée à  une réunion organisée à  Paris pour aborder le prix du lait en 2013 et 2014. Les producteurs accusent la société, qui a proposé une réunion le 6décembre, de jouer la montre: «À cette date, il y a un certain nombre d'éléments sur lesquels on ne pourra plus jouer, Danone aura repris l'avance de 25 euros sans nous donner la possibilité de construire le mécanisme final», explique Gilles Durlin, président de l'OP Danone de Bailleul. Il regrette «le non-fonctionnement de la relation contractuelle» et demande que le prix du lait pour 2013 «suive la tendance lourde», soit une hausse de 30 euros les mille litres par rapport à  la moyenne 2012. Les éleveurs trépignent aussi chez Lactalis. Sébastien Amand, président de l'Union nationale des éleveurs livreurs Lactalis (Unell), dénonce «le dysfonctionnement des relations des OP avec Lactalis depuis plus d'un an dans le cadre de la contractualisation». Selon lui, l'entreprise a décidé d'un «prix politique» qui ne tient pas compte du marché et ne respecte pas la clause de détermination du prix du lait inscrite dans les contrats. Lactalis, franc-tireur ou moteur d'une entente? Sur l'année, il chiffre le manque à  gagner pour les éleveurs entre 8 et 10 euros des mille litres. Il demande «aux pouvoirs publics et au syndicalisme de proposer des avancées dans la Loi d'avenir pour rééquilibrer le rapport de force». Mais il est conscient que tout ne se fera pas en un jour: «C'est un bras de fer de longue haleine, le combat d'une génération», développe-t-il. Ce qui ne l'empêche pas d'accuser les industriels français d'entente illicite: «L'attitude de Lactalis est celle d'un franc-tireur par rapport au reste de la transformation, argumente Sébastien Amand. Mais je me demande s'il n'y a pas une entente pour faire baisser le prix du lait en France: toutes les entreprises et coopératives s'aligneront forcément sur le moins-disant». Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, a rencontré ce lundi 18 novembre le ministre de l'agriculture pour lui faire part de l'incompréhension des producteurs face aux entreprises qui «refusent de considérer les organisations de producteurs comme de réels interlocuteurs», «décident unilatéralement du prix du lait» et «sont dans le déni face à  un marché mondial des produits laitiers très porteur et aux hausses des tarifs effectives consenties par la grande distribution». Les entreprises tergiverssent De leur côté, les entreprises utilisent le médiateur des relations commerciales comme argument pour plafonner la hausse du prix du lait, et se cachent derrière la grande distribution qui leur refuserait des hausses de tarifs. Danone assure avoir mis en place un mécanisme «qui devrait permettre de garantir par rapport à  l'année 2012 une hausse de 25 euros par 1000 litres en moyenne annuelle sur la totalité de l'année 2013 à  la condition que les enseignes de la grande distribution en acceptent la répercussion dans les tarifs de vente». L'entreprise assure qu'elle fera «un état des lieux à  la fin du dernier trimestre 2013, après connaissance de l'ensemble des éléments permettant de calculer le prix moyen du lait sur la totalité de l'année». Michel Nalet, chargé des relations extérieures de Lactalis, balaye l'argument des cours mondiaux élevés. Il parle d'une «année exceptionnelle» dans la fixation du prix du lait due à  l'intervention des pouvoirs publics: «Depuis le début de la discussion, Lactalis a indiqué qu'il respectera la hausse des 25 euros les mille litres sur le prix moyen 2013, comme convenu avec le médiateur». Mais dans un communiqué du 10 octobre, le médiateur des relations commerciales agricoles avait rappelé que «la mise en oeuvre de ses recommandations n'exonérait pas les industriels et les distributeurs de respecter leurs obligations contractuelles, qui devraient conduire à  une hausse du prix payé au producteur supérieure à  25 euros/1000 litres». Donner les bonnes réponses aux producteurs Étienne Fabrègue, juriste à  la coopérative Sodiaal, insiste de son côté sur le poids de la grande distribution en France. «Aujourd'hui, il y a une différence assez importante entre le prix du lait français et allemand, de l'ordre de 30/35euros, qui devrait se réduire sur le prix annuel moyen», constate-t-il. «Les relations commerciales en Allemagne sont bàties d'une manière totalement différente, elles sont très réactives au marché. En France, les débouchés, ce sont sept centrales d'achats». Malgré des couacs à  répétitions depuis sa mise en oeuvre, il voit la contractualisation comme «un événement refondateur de la gouvernance de la filière lait», et prévient: «Soit les entreprises apportent les bonnes réponses aux producteurs, soit nous aurons des problèmes d'approvisionnement en lait». Effectif stablePour la première fois depuis 5 ans, les effectifs de vaches laitières n'ont pas baissé en France (+0,2% entre mai 2012 et mai 2013, à  3,545 millions de têtes). «Les perspectives favorables en matière de prix du lait associées à  de bonnes disponibilités fourragères dans les exploitations à  compter de mai ont pu recréer des conditions favorables au développement de la production», analyse une note Agreste conjoncture publiée le 19 novembre.
Mais cette stagnation masque des disparités régionales et une accentuation de la concentration laitière qui «préfigure sans doute la nouvelle carte géographique de répartition de la production laitière après 2015». Ainsi, entre2012 et2013, les effectifs de vaches laitières dans le bassin Grand-Ouest ont progressé de près de 20.000 têtes, alors que le bassin Sud-Ouest a perdu 13.000 têtes. La hausse se concentre sur quatre bassins: Normandie, Nord-Picardie, Grand-Est et Grand-Ouest.

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