Publié le 29/08/2014 à 10h53 /

Les clés pour réussir un silo de mais-fourrage

// Définir la bonne date de récolte est important. Assurer une bonne réalisation du silo l'est tout autant. La culture et la récolte du mais-fourrage sont une chaîne dont chaque maillon peut devenir le point faible s'il n'est pas parfaitement construit.

Concernant la récolte du mais fourrage, le choix d'une précocité variétale adaptée aux conditions climatiques et aux objectifs de l'éleveur permet d'atteindre le stade optimum de récolte avant que les conditions de chantier ne se dégradent (portance des sols, risque de gel). L'observation, dans un premier temps, des dates de floraison et dans un second temps du remplissage des grains permet à  l'éleveur de bien cibler la date de récolte en fonction de ces objectifs. Le chantier de récolte est une opération sensible. Les différentes étapes qui permettent la réussite de ce chantier sont rappelées dans une vidéo intitulée «Mais fourrage: réussir son chantier d'ensilage» disponible sur arvalis-infos.fr. Parmi les maillons de la chaîne de récolte, deux sont essentiels: la maîtrise de la finesse de hachage et le tassement du silo. Maîtriser la finesse de hachage Le hachage a deux objectifs: hacher fin pour faciliter le tassement du silo et laisser des brins assez longs pour la rumination. Le tamis secoueur est un outil efficace pour juger la finesse de hachage. Les gros morceaux (> 20mm) sont indésirables car ils gênent le tassement du silo et provoquent des refus à  l'auge. Ils ne doivent pas représenter plus de 1% de la masse du fourrage. La présence de plus de 1% de gros morceaux (soit le contenu d'un gobelet pour un seau de 10 litres) traduit un défaut de réglage ou d'entretien de l'ensileuse. Les particules moyennes (de 10 à  20 mm) sont indispensables. Elles favorisent la mastication, la rumination et donc la salivation. Elles maintiennent un bon fonctionnement du rumen et assurent une meilleure valorisation des grains. L'objectif est d'en avoir 10% (en poids) à  l'auge. Il est vrai que moins il y a de particules moyennes, meilleur est le tassement, surtout si la teneur en MS du mais dépasse 35%. Dans le cas de mais qui ne se dessèchent pas facilement, la longueur de coupe peut être augmentée sans risque potentiel de mauvaise conservation (15 à  20% de particules moyennes), mais cela peut entraîner une baisse d'ingestion selon la ration distribuée aux animaux. Concernant l'impact sur la taille des particules des dessileuses et mélangeuses, des mesures montrent que dans une mélangeuse à  couteaux, l'ensilage perd en 5 minutes un tiers de ses particules moyennes. Il est donc conseillé aux éleveurs utilisant des machines agressives pour la reprise de viser à  la récolte 15% de particules moyennes plutôt que 10%. Les mélangeuses à  pales ont moins d'effet sur la taille des particules. Le réglage de la quantité de particules moyennes se fait en agissant sur la longueur théorique de coupe (vitesse de rotation des rouleaux d'alimentation de l'ensileuse). Selon les machines et les accessoires d'affinage, on obtient 10% de particules moyennes avec des longueurs théoriques de coupe de 6 à  10mm sur les ensileuses. La technologie de réglage de la longueur de coupe depuis le poste de conduite permet au chauffeur de l'ensileuse de faire varier la longueur de coupe en fonction de l'état de maturité de la plante. Le contrôle de la finesse de hachage se fait à  l'aide du tamis secoueur. La longueur des particules n'est pas le principal facteur de maîtrise de l'acidose. Il faut d'abord veiller à  la composition de la ration pour viser 22-25% d'amidon dans la ration sans dépasser 28% de la matière sèche pour des vaches laitières en première moitié de lactation. La coupe des particules doit être franche et nette. L'affûtage automatique des couteaux disponible aujourd'hui sur les machines permet leur affûtage régulier, même en cours de chantier. C'est au chauffeur de profiter des temps morts durant le chantier pour déclencher l'affûtage automatique. Il ne dispense cependant pas d'un affûtage plus important au moment de l'entretien quotidien. L'attaque des grains est à  adapter à  la maturité de ceux-ci. Pour les grains laiteux (mais à  moins de 28-29% de MS plante entière en général) il suffit que les grains soient touchés pour que leur digestion soit assurée par les micro-organismes du rumen. Pour les grains majoritairement pàteux (entre 28 et 32% de MS), il faut que les grains soient coupés: l'amidon farineux est alors accessible pour les bactéries du rumen. L'amidon vitreux des mais à  plus de 32% de MS a besoin d'être fractionné pour que sa digestion soit optimisée: c'est le rôle des éclateurs de grains. Les grains non éclatés ne seront pas ou très mal dégradés dans le rumen; la valeur énergétique et azotée du fourrage sera alors nettement diminuée.
Aujourd'hui, deux types d'éclateurs sont proposés sur les ensileuses en France. Ils pincent et fragmentent les parties dures des grains:
- Le plus fréquemment, des rouleaux cannelés se font face à  2 ou 3mm de distance, tournant avec un différentiel de vitesse variant de 10 jusqu'à  30% selon les machines.
- Plus récemment, l'éclateur à  disques est de nouveau proposé: il s'agit de disques répartis sur deux axes superposés. La vitesse de rotation des deux arbres est cette fois-ci la même. La surface de friction des disques en V est supérieure. Tasser pour enfermer le moins d'air possible Le tassement a pour objectif de limiter la quantité d'air enfermé dans la masse de fourrage, pour que, en milieu anaérobie, les fermentations lactiques débutent rapidement. Moins il y a d'air enfermé, plus vite la respiration des cellules végétales et des micro-organismes le consomme, et plus vite les fermentations en milieu anaérobie débutent. Plus le mais fourrage est récolté vert et humide, moins le silo tassé conserve de porosité, et plus vite le peu d'oxygène retenu dans le silo est consommé par la respiration du végétal ou l'activité des micro-organismes. À 30% de MS et une densité du silo à  250kg de MS/m3, on enferme environ 1 litre d'air par kg de matière sèche. En 3 à  4heures après la fermeture, il n'y a plus d'oxygène dans le silo et le processus de fermentation démarre rapidement. Les levures et moisissures n'ont pas le temps de se multiplier. En revanche, quand le fourrage est plus sec (plus de 38% de MS plante entière), il est plus difficile à  tasser. L'air enfermé dans le silo représente 2 à  4 litres par kg de matière sèche, voire beaucoup plus dans les zones périphériques du silo moins bien tassées. Il faut donc beaucoup plus de temps pour épuiser l'oxygène enfermé (3 à  5 jours). Pendant ce délai, les fermentations lactiques ne démarrent pas. Les levures, moisissures et autres bactéries butyriques se multiplient. Si le silo est bien fermé, leur activité s'oriente vers une vie ralentie et cesse d'échauffer le silo Mais, plus tard, en présence d'air (trou dans la bàche, mauvaise herméticité, ouverture du silo), les dégradations et échauffements peuvent reprendre de plus belle. Ils constituent la principale cause de pertes de matière sèche lors de la conservation du mais fourrage. Pour un bon tassement, travailler en couches horizontales successives de 15 à  20cm d'épaisseur, en étalant au maximum les bennes déchargées à  l'entrée du silo. La charge par essieu des tracteurs tasseurs utilisés couramment ne permet pas une action de compaction efficace sur une épaisseur plus élevée. Tasser fortement entre chaque couche. L'objectif est d'atteindre 240kg de MS par m3. Au départ, donner de l'épaisseur au fourrage en le remontant contre les murs, ce qui forme une légère cuvette au milieu du silo; le tassement contre les murs est ainsi facilité. Utiliser des tracteurs lourds (masses, gonflage à  l'eau), équipés de pneus pas trop larges et gonflés au maximum, mais en conservant suffisamment de motricité pour monter sur le tas de fourrage. Ne pas utiliser de pneus basse pression. Tasser suffisamment longtemps entre chaque benne déchargée. La cohérence du chantier de récolte doit être au service de la conservation du fourrage. Dans le silo, les couches inférieures peuvent être constituées par le mais ensilage issu des parcelles aux taux de MS plus élevé et on privilégiera les parcelles au fourrage moins avancé dans les couches supérieures du silo. Le nombre et le poids des tracteurs tasseurs au silo doivent être adaptés à  la quantité de fourrage ensilée à  l'heure. Cette quantité dépend du débit de chantier de l'ensileuse et du rendement de la parcelle récoltée. On considère qu'un chantier d'ensilage de mais cohérent dispose au silo d'un ou plusieurs tracteurs de tassage dont le poids correspond au minimum au tiers de ce qui est déchargé au silo à  l'heure. Ainsi, pour une ensileuse 8 rangs au débit de chantier de 3 hectares à  l'heure et un rendement à  récolter de 13 tMS/ha, il faut s'équiper d'au moins 12 tonnes sur le tas, soit deux engins de tassage au silo. En fin de silo, parce que les couches supérieures du silo ne bénéficient pas du poids du fourrage placé au-dessus, tasser plus longuement celles-ci.

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