Publié le 29/08/2014 à 09h08 /

Essai d'irrigation du mais au goutte à  goutte

// Le système d'irrigation goutte à  goutte est utilisé depuis les années soixante-dix en arboriculture et cultures maraîchères. Ces dernières années, il a tendance à  se démocratiser pour les grandes cultures dans certaines régions du monde. En Espagne, en Italie ou aux États-Unis, chaque année, entre 12000et 15000 hectares sont équipés du système. Il pourrait avoir un intérêt en Aquitaine sur certains zones très déficitaires en eau.

Le suivi de deux années (2012 et 2013) de cet essai montre une économie d'eau moyenne de 24 % comparée à  une irrigation sous pivot et des économies d'énergie de l'ordre de 16 % par rapport à  un pivot et de 50 % si utilisation d'un en
Dans le cadre du programme régional d'appui technique aux irrigants, la chambre d'agriculture a mis en place en 2012, chez Bruno Cabé à  Saint-Cricq-Villeneuve, un essai irrigation avec du goutte à  goutte enterré spécial grandes cultures (matériel de chez Nétafim). L'objectif de cet essai sur 1,3hectare est de comparer son efficacité pour l'irrigation du mais avec celle d'un système conventionnel par pivot dans une parcelle attenante de 8,8hectares. Bruno Cabé n'a pas hésité à  s'impliquer dans cet essai. «Le système permet a priori d'économiser de l'eau gràce à  des apports directement au système racinaire, avec élimination des pertes par évaporation et dérive. C'est très important pour mon exploitation dont le quota d'eau attribué est de 1600m3 par hectare, ce qui ne répond pas aux besoins d'irrigation du mais en année normale. Il faut donc gérer l'irrigation au plus juste. De plus, la surveillance de ce type d'équipement n'est pas plus exigeante que celle d'un pivot. Il suffit de vérifier la pression tous les deux jours». Une eau plus efficiente La dose journalière d'eau délivrée au goutte à  goutte a été répartie en trois apports de 1mm toutes les 8 heures. Ainsi, le suivi de deux années d'essai, en 2013 et2014, montre une économie d'eau moyenne de 24% comparée à  l'irrigation sous pivot. «En amenant l'eau par le sol, on le sature plus facilement qu'avec une aspersion. C'est une eau efficiente, le mais en profite à  100%, sans perte!» décrit l'exploitant. L'économie d'énergie (due à  une pression de fonctionnement basse) est de l'ordre de 16% par rapport à  un pivot et de 50% par rapport à  un enrouleur. Par exemple, en 2013, 55 jours d'irrigation ont été nécessaires pour un apport global de 1718 m3/ha. Avec le pivot, il y a eu 13 tours d'eau de 18mm pour un apport de 2354 m3/ha. Quant au rendement de la parcelle sous pivot, il est de 111q/ha,contre 95q/ha avec le goutte à  goutte. Selon Julien Rabe, conseiller hydraulique à  la chambre d'agriculture, «le manque d'eau ne peut pas être le facteur limitant ayant entraîné la baisse du rendement, dans la mesure où les humidités relevées par les deux stations de mesures (sous le pivot et sur le goutte à  goutte) ont enregistré des humidités similaires durant toute la période d'irrigation». Il explique l'écart de performance par une moindre valorisation de l'azote sur la parcelle irriguée au goutte à  goutte. En effet, les conditions météo très sèches n'ont pas permis à  l'azote de se diffuser aux racines du mais. En revanche, sous le pivot, l'azote a pu être diffusé très efficacement dès le premier apport. Une analyse confortée par les rendements de 2012: 139,49q/ha sous pivot et 144,65q/ha avec le goutte à  goutte. Essais de fertigation La fertigation (apport de l'engrais avec l'eau) au goutte à  goutte devrait permettre de pallier à  cette faiblesse du système en apportant l'engrais directement au système racinaire. Cette pratique assure par ailleurs un fractionnement des apports d'azote pouvant améliorer son efficience. Elle sera mise en place sur l'essai l'an prochain. Les résultats de la campagne 2014 s'inscrivent pour l'heure dans la même tendance quant aux économies d'eau. «D'autant plus que nous n'avons pas eu beaucoup de pluie sur ces parcelles d'essai» Un suivi sur au moins 5 ans est cependant nécessaire pour confirmer les résultats. D'ici là , Bruno Cabé pense développer le système sur son exploitation afin d'être en mesure de respecter les quotas d'irrigation. Il le reconnaît cependant, «demeure une inconnue, c'est la durée de vie de l'équipement. Nous n'avons que peu de recul». Dominique Maurel

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