Publié le 14/11/2014 à 16h06 /

L'excellence laitière, version béarnaise au GAEC du Ruisseau

// Chaque année, l'association Prim'Holstein France dresse le palmarès de ses meilleurs élèves. À partir de données objectives, des classements de troupeaux les plus performants sont établis selon plusieurs catégories, telles que les quantités de lait produites par vache, les index des animaux ou encore leur morphologie. Cette année, les Pyrénées-Atlantiques peuvent lancer un cocorico. Deux troupeaux du département ont obtenu les meilleures moyennes de production laitière, supplantant leurs homologues bretons ou normands. Sur la première place du podium, on trouve le GAEC du Ruisseau, à  Aubin.

Thierry Berné (à  gauche) et son frère Francis (au centre) ont succédé à  leur père Jacques à  la tête de l'exploitation familiale. Depuis plusieurs années, le troupeau figure en bonne place au classement des meilleurs élevages de France pour sa prod
À une vingtaine de kilomètres au nord de Pau, l'exploitation de la famille Berné apparaît au détour d'un virage de l'autoroute A65. Thierry et son frère Francis sont désormais aux manettes. Ils gèrent un cheptel composé actuellement de soixante-dix vaches et d'une cinquantaine de génisses. Entre juin 2013 et juin 2014, leur troupeau affiche une moyenne de 12.476 kilogrammes de lait brut produits par vache! À l'entrée de la stabulation, la plaque qui distingue cette performance est posée discrètement dans un coin du bureau. «C'est un résultat fragile, commente Thierry, qui se consacre plus particulièrement à  la conduite des animaux. Même si on essaie de tout mettre en oeuvre pour que le troupeau fonctionne bien, il y a toujours une part d'incertitude». Cocktail gagnant Portés par un suivi pointu et des progrès génétiques constants, les résultats de l'exploitation ne doivent pourtant rien au hasard. «La recette, c'est un cocktail de plusieurs éléments», poursuit l'éleveur. En 2007, le cheptel a été le premier dans les Pyrénées-Atlantiques à  s'équiper d'un robot de traite de nouvelle génération. Sept ans plus tard, ce choix se révèle une grande réussite. Il a permis un gain de 800 à  1000 litres de lait par lactation. «Le robot est surtout un outil qui permet de très bien surveiller les animaux, indique Thierry. Je les connais beaucoup mieux qu'avant et je peux agir de manière préventive dès que l'on décèle un souci». Pour progresser, l'élevage s'appuie aussi sur un travail génétique de longue haleine. Deux taureaux ont particulièrement marqué le cheptel, Shottle et Oman. «Ils nous ont permis de faire un bond en avant au niveau de la morphologie et de la production», note l'éleveur. Encore aujourd'hui, la quasi-totalité des accouplements est réalisée en race pure. Les frères Berné continuent de privilégier des taureaux d'origine française. Indexation dans le top 100 «Avec la génomique, les choses vont très vite. C'est passionnant, mais il faut suivre les évolutions de très près De notre côté, on préfère travailler avec des souches que l'on connaît et que l'on maîtrise assez bien». Lors des dernières campagnes, l'élevage figure aussi dans le top 100 pour son niveau d'indexation. Une vache et sa fille affichent même des index de synthèse (ISU) de 180! La première fait désormais l'objet d'un programme de prélèvement d'embryons. Enfin, les clés de la performance du cheptel résident incontestablement dans l'alimentation des animaux, qui se veut la plus efficace possible. À ce niveau, les éleveurs béarnais font preuve d'une capacité d'innovation peu commune. Ils n'hésitent pas à  sortir des sentiers battus pour dénicher quelques solutions improbables. «On s'intéresse aux travaux de recherche, par exemple au niveau de l'ARPEB (Association régionale pour l'expérimentation bovine). On regarde aussi ce qui se fait ailleurs par le biais des revues professionnelles, puis on tàche de se forger notre propre opinion». Remise en cause permanente Régulièrement, cette démarche se traduit par des essais sur place. Ainsi, l'exploitation a été parmi les premières dans le coin à  cultiver des variétés de mais ensilage hautement digestible. C'était au milieu des années 2000. Plus récemment, les frères Berné se sont penchés sur les intercultures protéiques. Ils y intègrent désormais des plantes comme la lentille, après avoir observé des essais dans la Manche. Il y a quelques semaines, un hectare d'un mélange comprenant de la chicorée a été implanté. Une pratique venue de Nouvelle-Zélande. «La chicorée est une plante appétente, qui résiste bien à  la sécheresse. On va voir ce que cela donne ici». Robot, alimentation et génétique sont donc les trois piliers sur lesquels reposent les résultats du GAEC du Ruisseau. Mais outre les choix techniques, ce sont bien la passion des éleveurs et leur ouverture d'esprit qui sont à  la base de leur réussite. «Avec l'expérience, on s'aperçoit qu'il faut se remettre en cause en permanence Rien n'est jamais acquis». Fabien Brèthes Quelques repèresThierry Berné (installé en 1999) et son frère Francis (installé en 1991) ont succédé à  leur père, Jacques, à  la tête de l'exploitation familiale. Ce dernier a pris sa retraite en 2007, après avoir occupé plusieurs fonctions de responsable au sein de la filière laitière. L'exploitation présente actuellement une SAU de 80 hectares, répartis entre 21 hectares de mais ensilage, 40 hectares de mais grain, et environ 20 hectares de prairies temporaires. Chaque année, une vingtaine d'hectares d'interculture dérobée sont également implantés. Construite en 2007, la stabulation en logettes sur paille peut accueillir 70 vaches adultes. Le quota de l'exploitation, qui s'élevait à  260.000 litres de lait à  la fin des années quatre-vingt-dix, a été porté à  750.000 litres aujourd'hui.

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