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Une nouvelle opportunité se dessinerait-elle pour les légumineuses?

La transition alimentaire après la Deuxième Guerre mondiale avait entraîné l’augmentation de la part de viande dans les régimes alimentaires humains. Une seconde transition alimentaire des pays occidentaux pourrait rééquilibrer l’apport entre protéines d’origine végétale et animale. Un mouvement inverse dont pourraient bénéficier les légumineuses.

file-Une baisse de la consommation de viande commence à se dessiner et des mouvements alternatifs réhabilitent les légumineuses à graines.
Une baisse de la consommation de viande commence à se dessiner et des mouvements alternatifs réhabilitent les légumineuses à graines.

Les légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches pois cassés…) occupent une place minime en France: moins de 2% des assolements des grandes cultures et moins de deux kilos consommés chaque année par habitant. Pour Marie-Benoît Magrini, qui intervenait aux rencontres de la fondation Louis Bonduelle le 7 juin, ce constat s’explique par une «valeur sous-optimale» accordée aux légumineuses, entretenue pendant toute la seconde moitié du XXe siècle.

Un véritable paradoxe lorsque les qualités nutritionnelles et les atouts environnementaux de la culture des légumineuses sont reconnus et mis en avant cette année, qualifiée par la FAO d’année internationale des légumineuses.

Différentiel de compétitivité

Selon l’économiste de l’Inra, «le premier frein à la culture des légumineuses à graines est économique», car ces dernières souffrent d’un fort «différentiel de compétitivité» par rapport aux autres cultures. La valeur des légumineuses est sous-évaluée explique Marie-Benoît Magrini. D’abord parce que l’externalité environnementale, c’est-à-dire les atouts environnementaux de la culture de légumineuses, n’a pas – pour le moment – de valeur marchande.

Par ailleurs, depuis la Seconde Guerre mondiale, les choix politiques français ont entretenu cette définition sous-optimale de la valeur des légumineuses avec «une préférence historique donnée aux céréales et au soja importé» ou l’accent porté à la production de viande et de lait, en écho aux pénuries de guerre.

Même la sécheresse américaine de 1973, qui causera des pénuries d’importations de soja, ne suffira pas à modifier fondamentalement les choix politiques: la France décidera de mettre en place des plans protéines pour l’alimentation animale, domaine dans lequel les légumineuses restent en concurrence forte avec les céréales.

Dans l’alimentation humaine, la France privilégie toujours la viande comme source de protéines. Alors que l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) recommande des apports égaux en protéines animales et végétales, le régime des Français reste sur un rapport 60/40, entretenu par un classement inopportun des légumineuses à graines, selon Marie-Benoit Magrini. Ainsi, elles sont rangées dans la catégorie des protéines en Angleterre et dans les féculents en France.

Mutations du régime alimentaire

Malgré tout, une baisse de la consommation de viande commence à se dessiner et des mouvements alternatifs réhabilitent les légumineuses à graines. L’économiste mise sur une «seconde transition alimentaire dans les pays occidentaux». Après la première transition après-guerre, qui avait vu la part de viande augmenter dans les régimes alimentaires humains, cette seconde étape consisterait à faire le chemin inverse et diminuer les quantités de protéines animales, au profit des protéines végétales. Marie-Benoit Magrini estime que cette seconde transition devrait avoir lieu en France vers 2030.

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